Quelle est la durée idéale de vacances à privilégier pour bien déconnecter ? Voici les réponses des experts

La tension et la fatigue qu'entraîne le travail, sur la durée, créent mécaniquement en réaction un besoin de récupération. Naturellement, il faut d’abord se vider de sa fatigue pour retrouver ses pleines capacités d’action et de bien-être. En Europe, nous avons tous droit à une durée légale de congés. Alors une question légitime se pose : est-elle pour autant suffisante à répondre à notre besoin physiologique de récupération ? Faisons le point sur les études scientifiques en la matière.

Besoin de vacances et temps travaillé

Si nous ne sommes pas tous égaux face à la fatigue, un constat s’impose généralement à chacun : toute l’année, on a régulièrement besoin de vacances. Pourtant, tous les pays ne voient visiblement pas cette nécessité du même œil, puisque la durée des vacances varie selon les territoires.

La durée des vacances est proportionée à la durée du travail

La durée des vacances est proportionée à la durée du travail

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En France, la Loi impose une journée de repos au minimum tous les 6 jours. Le principe d’une proportionnalité semble donc établi entre le temps travaillé et le temps de récupération. Mais alors qu’en est-il de nos vacances ? Quelques études existent à ce sujet mais, comme on va le voir, il semble qu’il faille distinguer le repos, qui est l’élimination de la fatigue, et la récupération, qui consisterait plus à recharger ses batteries, en quelque sorte, pour recouvrer sa pleine puissance d’activité.

Les vacances, un agenda quasi-scientifique

Les vacances, un agenda quasi-scientifique

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Repos et récupération

S’il semble évident qu’on se repose la nuit et le week-end, il n’est pas flagrant qu’on récupère vraiment pendant ses plages de temps-là, précisément par défaut de repos. Par contre, on récupère pendant ses vacances.

La question de la durée du repos se pose alors. Si des études (dont nous rendons compte ci-dessous) corrèlent bien cette durée avec la qualité de la récupération, il est clair que des éléments psychologiques entrent également en ligne de compte, comme par exemple la perspective heureuse de partir en voyage, d’aller au soleil, de passer du temps avec ses enfants, d’aller visiter un parent éloigné, de passer du temps dans la maison familiale, etc... L’effet positif est psychologique, donc propre à chacun et difficilement quantifiable. Mais qu’en est-il de la durée réelle nécessaire à récupérer pleinement ?

Comment calculer la durée nécessaire des vacances

Comment calculer la durée nécessaire des vacances

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Quelle durée de vacances pour quelle qualité de repos ?

Pour répondre à cette question, il faudra définir précisément la notion de récupération. Mais commençons à nous intéresser à la durée de vacances corrélée à la notion de gain en terme de repos. Des spécialistes souvent cités, Jessica de Bloom, Sabine A. E. Geurts et Michiel A. J. Kompier, Department of Work and Organizational Psychology, Behavioural Science Institute, Radboud University (Nijmegen) établissaient en 2010 qu’il n’y avait aucune différence en termes de santé et de bien-être, une fois les vacances finies, entre des vacances de 4,5 jours ou de 9. Autrement dit, le gain, s’il existe sur ces périodes, serait identique pour 4,5 ou 9 jours, alors que la durée, elle, a doublé. A ce stade, pas de proportionnalité entre le bénéfice et la durée des vacances.

La durée des congés, un casse-tête arithmétique

La durée des congés, un casse-tête arithmétique

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En 2012, ces chercheurs ont publié dans le Journal of Happiness Studies une deuxième étude sur le sujet, menée sur une période de vacances de 23 jours en moyenne, qui leur a permis d’affiner leurs conclusions. Ces travaux montrent que l’effet bénéfique des vacances part en flèche au début de la période (cf. ce graphique) pour culminer le 8ème jour (ensuite l’effet retombe). En d’autres termes, un week-end à Rome par exemple peut être dépaysant et reposant, mais sera incapable à permettre une vraie récupération ou, pour le dire autrement, un profond bien-être.

Cette étude montre aussi que dès la première semaine de reprise du travail, les niveaux de santé mentale et de bien-être sont comparables à ceux précédant les vacances. L’effet de gain s’estompe rapidement avec la reprise du travail, et même dès le premier jour. Donc, si le repos complet, c’est-à-dire l’élimination de la fatigue accumulée, se fait en 8 jours de vacances, la récupération, elle, aurait à peine débuté.

Quelque soit notre activité, un besoin en repos se fera sentir

Quelque soit notre activité, un besoin en repos se fera sentir

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Comment vraiment mesurer notre besoin en repos ?

On le comprend, il serait nécessaire de prendre en compte l’efficacité de la récupération obtenue, notamment sur la durée.

En 2010, deux chercheuses du Département de Psychologie de l’Université de Constance (Allemagne), Jana Kühnel et Sabine Sonnetag obtiennent des conclusions différentes de leur consœur néerlandaise, à travers une étude menée auprès de 131 enseignants, publiée dans le Journal of Organizational Behaviour. Elles ont démontré qu’après leurs vacances, l’engagement au travail des enseignants a augmenté de manière significative et leur épuisement a diminué. Ici, ces bénéfices disparaissent au bout d’un mois, sauf si des loisirs ont été pris dans cet intervalle, ce qui rallongerait leur durée.

En réalité, plus les vacances sont longues et plus les effets sont persistants. Dans leur étude (cf. 3.2), Jessica de Bloom, avec Sabine A. E. Geurts et Michiel A. J. Kompier du Department of Work and Organizational Psychology, de la Radboud University montrent que le niveau de santé mentale pendant et peu après les vacances n’était pas corrélé à la durée des vacances, alors que la 4ème semaine après la reprise était, elle, clairement corrélée à leur durée. La durée de la récupération dépend bien de la durée du congé. Mais pour cela, il faut atteindre 23 jours, en moyenne.

Mais peut-on faire mieux en prenant plus ?

Après une bonne récupération, l'effet sur la santé mentale se fera sentir

Après une bonne récupération, l'effet sur la santé mentale se fera sentir

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Une question à laquelle répondait déjà un président américain en 1910

Dans son étude, Jessica de Bloom souligne qu’il y a plus d’un siècle, le président américain William Taft affirmait pendant son mandat, lors d’un discours de juillet 1910, que les Américains avaient besoin de 3 mois de vacances pour pleinement récupérer. Le New York Times s’en fit écho dans un article intitulé “How long should a man’s vacation be ?” (en d‘autres termes : “Quelle durée devraient avoir les vacances ?”). Difficile de dire si le président Taft s’appuyait sur une étude, mais il avait l’air sûr de son fait. En tous cas, il n’a pas du tout été suivi : actuellement aux USA, la durée des vacances légales est en moyenne de 2 semaines. On est bien loin des 3 mois préconisés !

La fatigue produit ses effets au travail

La fatigue produit ses effets au travail

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Que conclure de ces études ?

S’il est avéré qu’un manque de repos est préjudiciable au travailleur, comme le rappelle le Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, les congés sont conçus comme un lâcher-prise, un moment réservé à la récupération. Celle-ci, au sens d’évacuation totale de la fatigue, interviendrait donc au 8ème jour de vacances, selon les travaux du Department of Work and Organizational Psychology, Behavioural Science Institute de l’Université Radboud. Mais pour produire des effets durables, tant en termes de santé mentale que de performances au travail, ces vacances doivent passer le cap des 23 jours, en moyenne. Sur cette base, on peut raisonnablement imaginer qu’au-delà, plus le congé est long, plus la récupération est profonde.

La reprise sera meilleure après une bonne récupération

La reprise sera meilleure après une bonne récupération

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C’est d’ailleurs ce que semblent défendre les partisans de l’année sabbatique. Son bénéfice sur le bien-être paraît incontestable : l’Université d’Harvard par exemple y incite vivement et va même jusqu’à la mentionner dans sa lettre d’inscription. D’après cette université de premier plan, leurs étudiants qui y ont eu recours sont unanimes : l’année sabbatique avant d’intégrer Harvard leur a été pleinement bénéfique. Car pour travailler dur et longtemps, mieux vaut arriver dans un état de récupération totale.

👉 Retrouvez plus d’informations sur la semaine de la santé mentale sur cette page.

par Pascal ANTOINE | Rédacteur
Rédacteur, journaliste et photographe depuis 25 ans, ses articles ont été publiés dans la presse magazine (Voyager Magazine, Partir, Gala, 4x4 Mag, etc.). Sa focale : toujours aborder une destination par ce qu’elle a de plus captivant, sa culture.
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