C'est une mission à la fois admirable et salutaire à laquelle se livre l'Unesco depuis 1972. Il s'agit en effet de désigner les "objets" qui revêtent, sans contestation possible, une valeur universelle exceptionnelle pour l'Humanité. Ils entrent alors dans son "patrimoine mondial" et sont visés d'emblée par la «Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel», traité international de 1972, qui les protège.
Chaque année de nouveaux sites, toujours remarquables, viennent grossir la fameuse liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Ces derniers jours, cette liste s'est vue enrichie de 26 nouveaux lieux (l'Unesco les nomme des "biens"). A part quelques exceptions, vous n'en avez probablement jamais entendu parlés. Découverte.
Carnac, Bretagne
- © Oliver Hlavaty Photo / ShutterstockCette année, 26 nouveaux sites font leur apparition sur cette liste. Si certains étaient attendus, comme les alignements de Carnac, en Bretagne, force est de reconnaitre que la grande majorité d'entre eux nous sont totalement inconnus, comme par exemple La route transisthmique coloniale du Panamá ou encore l'ensemble archéologique de Port Royal en Jamaïque.
Le continent africain à l'honneur
Quatre sites africains s'ajoutent à la liste. Au rang des biens culturels : le paysage culturel Diy-Gid-Biy des monts Mandara (Extrême-Nord du Cameroun) et le paysage culturel du Mont Mulanje (Malawi). Au rang des biens naturels, le complexe Gola-Tiwai (Sierra Leone) et les écosystèmes côtiers et marins de l’Archipel des Bijagós - Omatí Minhô (Guinée-Bissau).
Le mont Mulanje
- © Radek Borovka / ShutterstockLes huttes en pierre sèche des Diy-Gid-Biy ont été érigées au 12e siècle par une population inconnue à ce jour (les Mafa qui les habitent depuis le 15e siècle n'en sont pas les bâtisseurs). Leur intérêt est donc hautement culturel et archéologique. Quant-au mont Mulanje, qui n'est pas exempt de points communs avec le monolithe d'Uluru en Australie, il est un lieu hautement sacré pour ses habitants en plus d'être un des plus grands inselbergs de la planète (comme Uluru).
Huttes dans les monts Mandara, au Cameroun
- © imageBROKER.com / ShutterstockEn Sierra Leone, le sanctuaire de faune sauvage de l’île de Tiwai et le parc national de la forêt tropicale de Gola abritent une biodiversité de haute valeur parmi laquelle l’éléphant de forêt africain et l’hippopotame pygmée, tous deux menacés par la perte de leur habitat. Espérons que l'inscription du complexe Gola-Tiwai sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco puisse enrailler cette menace.
Archipel des Bijagós, l'écosystème côtier
- © Anton_Ivanov / ShutterstockDe leur côté, les écosystèmes côtiers et marins de l’Archipel des Bijagós - Omatí Minhô abritent une biodiversité marine à la fois riche et précieuse, parmi lesquelles la tortues verte et la tortue luth, espèces menacées, mais aussi des lamantins et de nombreux animaux marins, dont des mammifères.
La part belle aussi aux sites préhistoriques
On l'a vu, les mégalithes de Carnac et des rives du Morbihan font leur entrée dans la liste de l'Unesco. On est donc de plain-pied dans la préhistoire, mais nos menhirs bretons n'y sont pas les seuls. L'Unesco inscrit aussi dans sa liste patrimoniale le paléo-paysage de Faya (Emirats Arabes Unis), témoignant là de la présence humaine jusqu'à 210 000 avant JC., le paysage culturel de Murujuga (Australie) où l'on trouve de nouveaux pétroglyphes attribués au propriétaire des lieux, le peuple Ngarda-Ngarli, vraisemblablement présent depuis 50 000 ans.
Pétroglyphes du peuple aborigène Ngarda-Ngarli
- © totajla / ShutterstockOn notera aussi nouvellement dans cette liste les peintures pariétales de la grotte de Shulgan-Tash en Russie, les pétroglyphes le long de la rivière Bangucheon à Ulsan, en Corée du Sud, les sites préhistoriques de la vallée de Khorramabad en Iran où cinq grottes, peu explorées, présagent de découvertes futures importantes relatives aux migrations préhistoriques entre l'Afrique et l'Eurasie il y a 65 000 ans, l'ensemble archéologique de Port Royal en Jamaïque et enfin la tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas, tombes troglodytes intégrées à 3 500 hypogées répartis sur le sol sarde.
Peintures rupestres préhistoriques de la grotte russe de Shulgan-Tash
- © Aleksandr Rybalko / ShutterstockSi on ne remonte pas jusqu'à la préhistoire, l'Unesco intègre aussi à sa liste cette année des sites particulièrement anciens comme Sardes et les tumuli lydiens de Bin Tepe en Turquie, comprenant quelques-unes des plus grandes tombes en forme de tumulus au monde. L'Unesco nous apprend pour l'occasion que Sardes est le lieu où fut inventée la frappe de la monnaie.
