Le Jólabókaflóð (se pronoce yola-boka-flof) est un marché spécialisé sur l'édition. Ce dernier rappelle le Super Thursday chaque premier jeudi d'octobre au Royaume-Uni. Durant cette période, que cela soit dans les supermarchés ou bien en librairies, une centaine de nouveaux livres sont mis en rayon à des prix soldés, comme un « black Friday » axée sur les bouquins.
En Islande, il n'y a pas de Noël sans livres sous le sapin : c'est la tradition ! Depuis l'après-guerre et chaque année avant les fêtes, l'île aux mille volcans célèbre le Jólabókaflóð, qui signifie littéralement " fleuve de livres de Noël ". On vous en dévoile plus sur cette tradition littéraire nordique.
"La littérature est très importante en Islande et c'est, je crois, la forme d'art à laquelle tout le monde s'identifie"
Cette tradition est vitale pour les maisons d'édition et les auteurs, dans un pays qui compte seulement 360 000 habitants. Sans cette tradition, il faut débourser environ 50 euros pour un livre (un prix exorbitant). Si chez nous après le repas familial de Noël, on préfère se reposer et digérer, en Islande, après le repas du 24 décembre, il est coutume de se retrouver en famille pour une séance de lecture. La soirée fini souvent en dévorant le dernier polar ou un best-seller au coin du feu.
Etre Islandais, c'est savoir lire !
Cette tradition a commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. A cette époque, l'île, très pauvre, se voit limiter les importations pour ne pas être endettée. Cependant, le papier reste abordable pour les foyers islandais. Ainsi, sous le sapin, petit à petit, ce sont les livres qui remplacent les jouets pour les enfants. "Il y a un rapport avec les débats sur l'importance de la littérature lors de la lutte pour l'indépendance et la quête identitaire islandaise : pour être Islandais, il fallait lire des livres", raconte Halldór Gudmundsson, écrivain et ancien président de Forlagid, la plus grande maison d'édition d'Islande.
Reykjavik, Islande
- © VicPhotoria / ShutterstockLes sorties de livres se font régulièrement tout au long de l'année, mais cette journée spéciale est cruciale puisqu'elle représente près de 40% du chiffre d'affaires des éditeurs islandais, selon les chiffres de l'institut islandais en 2018. "Si cette tradition meurt, le secteur islandais de l'édition meurt", concède Páll Valsson, directeur de publication chez Bjartur, deuxième éditeur du pays, auquel le Jólabókaflóð assure 70% de ses revenus annuels.
Village de Sakrisoy, Islande
- © Yevhenii Chulovskyi / ShutterstockComment se démarquer ?
"Il y a beaucoup de bons livres noyés dans la masse", reconnaît Lilja Sigurdardottir, auteure de thrillers, traduite notamment en anglais et en français. Cette île, très peu peuplée, est le pays qui publie le plus de nouveaux titres par habitant au monde (source : Association internationale des éditeurs). Les Islandais sont de bons lecteurs mais aussi de bons écrivains. Un Islandais sur dix publie un livre au cours de sa vie. L'île regroupe au total 83 bibliothèques.
Arnarstapi Islande Falaises maritimes et Stapafell en hiver
- © Moarly / ShutterstockUn livre à 50 euros, pourquoi ?
Selon une interview sur le site de Geo : "il est plus difficile d'acheter autant de livres en temps normal, les gens seraient fauchés", explique Brynjólfur Thorsteinsson, 28 ans, vendeur à la librairie Mál og menning à Reykjavík, l'une des plus anciennes d'Islande. Ce prix exorbitant s'explique par la hausse de la TVA de 7 à 11%, le coût d'impression et d'importation. Le pays n'a pas de forêts et doit fabriquer ses livres à l'étranger.
Eystrahorn, Islande
- © Dominik Belica / ShutterstockOù dormir en Islande ?
Hafnarfjörður