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Le Sinaï : sur les pas de Moïse au pays des Bédouins
Publié le 18/09/2010 Modifié le 18/09/2015

CultureEgypte

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Désert de montagne parmi les plus arides de la planète, le Sinaï, c'est la Terre des Bédouins. Entre Egypte et Israël, cette péninsule triangulaire fait le lien entre l'Afrique et l'Asie. Et pour une parcelle de terre désertique, le Sinaï a vu passer bien des histoires ! Cadre du périple de Moïse où Dieu lui fut révélé sous la forme du Buisson ardent, il fut aussi le principal champ de bataille de la Guerre des 6 jours de 1967.

Le Sinaï baigne dans les eaux turquoise du Golfe de Suez à l'Ouest, le Golfe d'Aqaba à l'Est et la Méditerranée au Nord. Et c'est d'abord grâce à cette mer aux sites de plongée parmi les plus beaux du monde que le tourisme s'y est développé. Les stations balnéaires de Sharm-El-Sheikh, Dahab, Nuweiba et Taba en Egypte, d'Eilat en Israël ou même Aqaba en Jordanie sont autant de point de départ pour découvrir les merveilles du désert. Sur les pas de Moïse, les Bédouins vous accompagneront jusqu'au Monastère Sainte-Catherine et au sommet du Mont Sinaï et vous feront visiter leur pays, les canyons rouges ou blancs, les dunes et oasis blottis au milieu des montagnes.

Ascension au clair de lune

Ascension au clair de lune
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Minuit à l'hôtel à Taba Heights. Sur le départ, on se prépare à vivre une nuit blanche et magique. Deux heures de route sont nécessaires pour rejoindre le monastère Sainte-Catherine, au Sud de la péninsule. A 2 h du matin, le van atteint sa destination. Le parking est animé. Les Bédouins attendent les visiteurs pour les guider jusqu'au sommet. Dans la nuit, on discute et on plaisante autour d'un thé avant de se mettre en marche. En partant à cette heure (tardive ou matinale ?), on s'assure d'atteindre le sommet pour admirer le lever du soleil. C'est à 1 570 mètres au-dessus du niveau de la mer Rouge, au pied du monastère, que débute l'ascension du Mont Sinaï.
La lune est quasiment pleine. Une chance, on peut crapahuter sans lampe dans la nuit claire. Une malchance, les étoiles se font discrètes, on discerne à peine la voie lactée. Les plus motivés monteront à pied, les autres répondront à l'appel des chameliers qui lancent leurs « camels ! camels ! » aux grimpeurs somnolents. Au programme, 700 mètres de dénivelé à parcourir par le chemin (Siket El Bashait), plus long, ou par les marches (Siket Sayidna Musa), plus difficiles. Laquelle de ces deux voies Moïse a-t-il emprunté ? Nul ne le sait. Mais la première solution est plus que conseillée et dans tous les cas l'ascension s'achèvera par 750 marches. Un bon marcheur mettra pour sa part deux bonnes heures.

Levé de soleil sur le toit du Sinaï

Levé de soleil sur le toit du Sinaï
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Dans la montée, les gargotes en pierre des Bédouins jalonnent le chemin, tous les 500 mètres. On se dirige tranquillement vers le sommet, en passant de l'une à l'autre, jusqu'à affronter les redoutables 750 dernières marches. Le Mont Sinaï ou Mont Moïse (Djebel Moussa en arabe) culmine à 2 285 mètres. C'est le deuxième plus haut sommet d'Egypte après le tout proche Mont Sainte-Catherine qui domine le monastère (Djebel Katarina). Aux alentours de 5 h 30 le soleil perce au-dessus des montagnes. Il fait froid, il y a du vent et du monde, mais le spectacle reste magnifique. Les minutes s'égrènent, les montagnes arides passent du gris au rouge pour prendre lentement des couleurs ocre puis jaune. Les derniers retardataires arrivent tout juste, les randonneurs pèlerins entonnent des chants religieux. Sacré pour les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans, le Mont Sinaï est triplement Saint. Dans la tradition biblique, Dieu y aurait gravé les 10 Commandements sur les Tables de la Loi. Et s'il attire des pèlerins du monde entier, le Mont Sinaï s'avère particulièrement important pour les Orthodoxes. Les Bédouins, qui ont le sens des affaires, se sont d'ailleurs mis au russe et au grec pour louer des couvertures aux touristes frigorifiés dans leurs shorts et proposer des boissons chaudes au sommet.
Le sud du Sinaï c'est le domaine de la roche brute et du vent, rien d'autre, le sable lui-même est cantonné dans quelques creux. Seuls de rares arbres téméraires et méritants s'y accrochent par endroits offrant une ombre immédiatement mise à profit par les Bédouins. La descente du Mont Moïse permet d'appréhender le désert dans sa région la plus montagneuse. Le toit du Sinaï dans toute sa splendeur.
Conseil pratique : si la visite du monastère Sainte-Catherine ne vous importe guère, il est fortement conseillé d'effectuer l'ascension du Mont Sinaï dans la nuit du samedi au dimanche. En effet, le monastère est fermé le dimanche, il y a beaucoup moins de monde. On peut ainsi gravir le Mont Sinaï et admirer le lever de soleil avec beaucoup plus de sérénité.

Seize siècles de Chrétienté en terre d'Islam

Seize siècles de Chrétienté en terre d'Islam
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Quand on décide de crapahuter au clair de lune jusqu'au sommet du Mont Sinaï, c'est en redescendant au petit matin que l'on découvre vraiment le Monastère Sainte-Catherine. De nuit, on le longe comme on croise un fantôme, sans même s'en apercevoir. Et c'est aussi bien car c'est en descendant de la montagne par le chemin des marches (Siket Sayidna Musa) qu'il se révèle de la plus belle façon. Tout en bas, au détour d'une montagne.
Le monastère orthodoxe Sainte-Catherine est le site le plus visité du Sinaï. Il fût édifié au VIème siècle sur ordre de l'empereur byzantin Justinien Ier à l'endroit où Dieu se révéla à Moïse sous la forme du Buisson ardent. Une chapelle était déjà érigée sur le site depuis le IIIème siècle. Cette enclave chrétienne en terre d'Islam a su protéger son patrimoine pendant plus d'un millénaire jusqu'à être classé au Patrimoine mondial de l'Humanité en 2002.
Seule une petite partie du monastère se visite, l'église byzantine constitue son élément principal. Les murs et colonnes de l'église de la Transfiguration sont couverts d'icônes et de dorures. Sous l'autel, la chapelle du buisson ardent est le lieu le plus sacré du monastère mais elle n'est pas ouverte aux visiteurs. Cependant, on peut voir derrière l'église ce qui ressemble à un grand roncier et qui serait un descendant du Buisson ardent. Le plus beau joyau du monastère est sa bibliothèque, la plus riche au monde après celle du Vatican, quant au nombre et à la valeur de ses manuscrits. Mais elle est également réservée aux moines. Certains trésors sont cependant visibles dans le petit musée, ce sont essentiellement des objets de culte : icônes, calices, crucifix...
Conseil pratique : le monastère ouvre à 9 heures. La majorité des randonneurs nocturnes sont déjà redescendus et attendent en masse à la « cafétéria ». Sous les hauts murs de l'enceinte, c'est un peu la cohue quand les moines daignent enfin ouvrir les portes. Si vous n'avez pas effectué l'ascension, il est conseillé de se présenter plus tard à l'entrée (le monastère ferme à midi).

En passant par les vallées de sable

En passant par les vallées de sable
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Hormis l'incontournable excursion au Mont Sinaï, le désert peut aussi être approché par ses vallées et canyons. Une virée en 4x4 à la journée permet d'admirer toute la variété des paysages. L'ouest de Nuweiba est une des régions du désert où les roches granitiques du Sud et les roches sédimentaires que l'on retrouve au Nord se mêlent. Il en ressort une étonnante diversité de formes d'érosion et de couleurs créant un paysage très particulier. Les roches arborent des tons allant du noir profond au rouge vif en passant par toutes les nuances de beige, de brique et d'ocre. Entre les massifs, de longues langues de sable s'étendent dans les vallées et les dunes, formées par le vent, semblent partir à l'assaut des falaises. Les dromadaires s'y sentent comme des pachas. Mais s'ils paraissent sauvages, ils ne font en fait qu'attendre l'hiver. Les pâtes entravées, ils appartiennent à des Bédouins qui les laissent vagabonder l'été. La température est alors trop élevée pour effectuer des balades touristiques sur leur dos. Ils reprendront du service à la haute saison.

Le travail des millénaires

Le travail des millénaires
© Patrice Hauser - Easyvoyage

La plupart des canyons à visiter dans le Sinaï se sont formés dans les massifs de grès situés à l'ouest de Nuweiba (à une petite heure de route de Taba). Si l'eau semble être l'élément le plus rare dans ce paysage desséché, c'est pourtant bien elle qui a creusé ces tortueux chemins en dissolvant patiemment la roche calcaire. Closed canyon (canyon fermé) mérite le détour. Il est remarquable pour son étroitesse et son encaissement qui vous permettent vraiment de jouer les aventuriers. Le sable y est fin comme du plâtre ! Comme son nom l'indique, après avoir serpenté sur quelques centaines de mètres, il se termine en cul-de-sac, obligeant ainsi le visiteur à revenir sur ses pas.
A proximité, le White canyon est nettement plus large. Creusé dans une roche sédimentaire très claire, il offre de très beaux contrastes accentués par les jeux d'ombre et de lumière avant de déboucher sur l'oasis d'Aen Hodrha. Le paysage de hautes falaises alentours est impressionnant.

Formes et couleurs

Formes et couleurs
© Patrice Hauser - Easyvoyage

A environ une heure de Taba comme de Dahab, le 'colored canyon' est le plus réputé, le plus long (800 mètres) et le plus beau des canyons du Sinaï. Malheureusement il est victime de son succès : beaucoup de monde, des détritus au sol, des graffitis gravés dans la roche... Mais les guides bédouins peuvent aussi faire découvrir d'autres merveilles moins fréquentées. Sans atteindre la longueur et l'encaissement du Colored canyon, le bien nommé Small colored canyon présente lui aussi de belles curiosités minérales. Des formes incroyables ont été polies au fil des siècles dans les strates rocheuses multicolores.

Un étrange champignon

Un étrange champignon
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Un périple dans l'est du Sinaï ne serait pas complet sans un passage au célèbre Mushroom stone. Ce rocher a en effet un profil de champignon haut de 3 mètres. Il fait partie des curiosités que l'eau et le vent sont capables de créer de concert par leur action sur la roche. D'ailleurs, toutes les falaises sédimentaires qui dominent la région présentent sur leurs flancs des formes d'érosion remarquables dessinant des colonnes, de petites cavités et surplombs. Malgré l'aridité et l'apparente absence de vie, les paysages de cette région du Sinaï sont tout sauf monotones !

4x4 ou dromadaire

4x4 ou dromadaire
© Patrice Hauser -Easyvoyage

A dos de dromadaire, à pied ou en 4x4. Les moyens de locomotion praticables dans le désert ne sont pas légion. Si le temps vous manque ou que les dromadaires vous donnent le mal de mer, le 4x4 permet de voir un maximum de chose à la journée. Les "safaris" ou méharées sont organisées essentiellement l'hiver, quand les températures se montrent plus clémentes. Sortir des sentiers battus impose dans tous les cas un minimum d'aventure. Si vous optez pour une sortie en 4x4, vous pourrez faire confiance à votre guide/conducteur bédouins prêt à se plier en 4 pour vous amener au plus près de l'entrée des canyons et des plus beaux points de vue sur le désert. Mais parfois ça passe, parfois... un petit détour s'impose. Le Sinaï peut aussi s'apprivoiser plus lentement. Pour les sportifs, faire un trek à pied reste encore la plus belle façon de le découvrir dans toutes ses dimensions et de s'immerger dans le quotidien des Bédouins.

La vie des oasis

La vie des oasis
© Patrice Hauser - Easyvoyage

Aen Hodrha, Ain Hodrha, Ein Khodra... la transcription de l'arabe à notre alphabet latin n'est visiblement pas une science exacte. Mais quelle que soit la façon de le nommer, cet oasis est un incontournable. Situé sur une source souterraine, cet ensemble de palmiers dattiers semble sorti de nulle part. Habité par quelques familles de Bédouins, il abrite un « hôtel » où l'on peut passer la nuit. Pour découvrir l'oasis dans les meilleures conditions, il faut le rejoindre à pied en passant par le White canyon. Une balade d'une à deux heures suivant votre rythme. Vous apprécierez ensuite de déguster une ou deux tasses de thé sous les palmiers ! Une belle occasion de se rendre compte de l'hospitalité et de la gentillesse des Bédouins qui ont en plus trouvé là un bon moyen de gagner leur vie grâce au tourisme.