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Sao Paulo ouvre le premier musée consacré à la langue portugaise
Publié le 21/03/2006 Modifié le 05/08/2016

CulturePortugal

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Le premier musée entièrement consacré à la langue portugaise, inauguré lundi à Sao Paulo, propose une découverte sensorielle et ludique du portugais du Brésil, au moyen de techniques multimédia sophistiquées.

Le Musée de la langue portugaise, unique au monde, n'abrite ni livres ni tableaux. Situé dans les anciens bâtiments administratifs de la gare ferroviaire de Luz, il fait savourer à ses visiteurs le portugais écrit et parlé au Brésil, métissé de mots d'origine indienne ou africaine. Dès l'ascenseur panoramique conduisant au musée, le visiteur subit son premier rite d'initiation linguistique: les vocables "mot" et "langue" sont scandés dans plusieurs idiomes, à la manière d'un mantra bouddhique.

L'ascenseur aux parois de verre s'élève le long d'un Arbre de la Langue, conçu par le sculpteur Rafic Farah, structure de métal haute de 16 mètres dans laquelle sont découpés des mots racine, des objets ou des plantes. Dans un auditorium, un film retrace l'importance du portugais, langue officielle dans huit pays (Portugal, Angola, Brésil, Guinée-Bissau, Cap-Vert, Mozambique, Sao Tome et Principe, Timor-Leste). A la fin de la projection l'écran bascule, invitant les spectateurs à pénétrer dans une sorte de planétarium où des mots sont projetés comme des étoiles sur le toit mansardé, tandis que des artistes connus lisent des fragments de prose ou de poésie d'auteurs portugais et brésiliens. L'architecte Pedro Mendes da Rocha a tiré parti de la structure en longueur du bâtiment pour installer au second niveau un écran de 100 mètres de long où sont projetés des petits films illustrant toute la richesse du portugais du Brésil à travers la culture, la cuisine, le football, les rapports humains ou les fêtes populaires, sans oublier la musique et le carnaval.

Un jeu électronique interactif propose non loin de là aux enfants d'assembler des mots à partir de fragments flottant sur une table lumineuse afin d'en découvrir l'éthymologie. Dans l'espace "Mots croisés", huit bornes interactives dévoilent les emprunts du portugais du Brésil à la langue indigène tupinamba, aux idiomes africains, à l'italien, au français ou au japonais -la plus grande communauté d'ascendance japonaise hors du Japon vit en effet à Sao Paulo. Le musée abrite aussi une exposition temporaire consacrée au chef d'oeuvre du grand écrivain brésilien Joao Guimaraes Rosa (1908-1967), "Grande Sertao: Veredas" (traduit en français sous le titre Diadorim), à l'occasion des 50 ans de la parution de cet ouvrage riche en innovations linguistiques. Le manuscrit est intégralement reproduit sur les supports les plus divers: panneaux de toile pendus au plafond grâce à un ingénieux système de contrepoids, textes tracés dans la terre, peints sur des débris ou des tas de briques. Sept "sentiers" ménagent des parcours émaillés de surprises pour approcher l'oeuvre sous l'angle des principaux personnages de cette grande épopée du "sertao", paysage aride du nord-est du Brésil.

"C'est un musée de la langue vivante, reflet d'un peuple", sans obsession de la grammaire ou de la correction de la langue, explique Ana Rosa Saraiva, attachée de presse de la Fondation Roberto Marinho, à l'origine du projet. Cette fondation privée basée à Rio de Janeiro a investi quelque 17 millions de dollars dans la création du musée, qui surplombe les voies de la "Estaçao da Luz", construite en 1901 dans le style des gares britanniques. Un lieu symbolique: "la gare de Luz était la porte d'entrée de Sao Paulo et du portugais pour les immigrants" venus des quatre coins du monde, explique Ana Rosa Saraiva. La Fondation Roberto Marinho aimerait étendre le concept de ce musée multimédia à d'autres pays lusophones: elle est en contact au Portugal avec l'Institut Camoes, voué à la promotion de la langue et de la culture portugaise, selon Ana Rosa Saraiva.