Safaris cétacés en Méditerranée
Publié le 21/07/2006 Modifié le 28/07/2016

CultureFrance

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Glisser la photo d'un dauphin virevoltant ou d'un cachalot nonchalant dans son album de vacances: les touristes, de plus en plus nombreux à s'embarquer pour un "safari cétacés" en Méditerranée, en rêvent.

A 08h30, en file indienne sur l'embarcadère de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), la soixantaine de passagers trépigne sous le soleil déjà brûlant, caméscopes et appareils photo prêts à immortaliser la rencontre en haute mer. Philippe Maurt, l'accompagnateur scientifique de la croisière d'une demi-journée, regarde monter l'impatience en souriant: "les dauphins continuent de faire craquer les enfants, les baleines donnent le grand frisson aux adultes". Cachalot, rorqual, dauphin, la moisson de chaque excursion est incertaine. "Ici, on n'est pas dans un zoo ni un parc d'attraction.

Les gens ont conscience du caractère aléatoire de la sortie", estime l'animateur. Pour autant, quelque 4.500 estivants embarquent chaque saison à bord de la Sirène pour ces balades au succès grandissant, également proposées dans plusieurs ports de la Côte d'Azur. Au bout d'une heure de navigation, des "Oh!", des "Ah!" émerveillés fusent sous les casquettes à la vue de plusieurs dizaines de dauphins en train de festoyer droit devant. "Ce sont des dauphins bleu et blanc, les plus fréquents en Méditerranée. Ils sont en train de chasser, ils ne s'occupent pas de nous. S'ils étaient en phase de jeu, ce serait loopings sur loopings", décrit Philippe Maurt. Leur besogne n'empêche pas les cétacés de multiplier sauts agiles et surfs dans l'étrave du bateau.

L'excitation des passagers est à son comble. Chacun scrute l'eau pour apercevoir la baleine dont l'apparition couronnera la sortie. Philippe scrute le ciel où le bateau est en contact avec un petit avion monoplace qui aide au repérage des gros mammifères durant chaque balade. En vain, rorqual et cachalot jouent ce matin-là les stars capricieuses. Certains défenseurs de l'environnement, comme l'association SOS Grand Bleu, craignent que la Méditerranée connaisse une dérive "à l'américaine": aux Etats-Unis, l'engouement pour le "whale watching" (observation des baleines) en vient à perturber le rythme de vie des cétacés, traqués, scrutés, frôlés par des dizaines de bateaux.

"Ici, on en est très loin. S'il y a deux bateaux sur la même zone d'observation, c'est bien le maximum", estime Philippe Maurt qui insiste au contraire sur le rôle "essentiel" joué par cet écotourisme dans la recherche sur les cétacés. "En France, les crédits pour l'étude des baleines sont inversement proportionnels à la fascination qu'elles suscitent !" estime ce thésard spécialisé dans le comportement des baleines. Le nombre de rorquals en Méditerranée est estimé à 3.000, celui des cachalots à mille mais "on connaît à peine 10 à 15% de la vie de ces mammifères", explique Philippe Maurt.