Publié le 22/10/2019

#Environnement #Brésil

Quand l'asphalte dévore l'Amazonie

Sans perdre de temps, de l'autre côté de l'Atlantique, le président brésilien Jair Bolsonaro souhaite asphalter les 1 770 kilomètres de la BR163. Une route qui se trouve dans l'Amazonie et passe de Cuiaba jusqu' à la capitale de l'État du Mato Gross dans la région centre ouest, à Santarem. Les ouvriers ont aussi commencé de goudronner d'autres sections comme la BR2320, qu'on appelle aussi la Transamazonienne. L'enfer est en train de prendre forme dans le poumon de la planète. On fait le point.

 

  © Barna Tanko / 123rf

Selon l'AFP, Erik Fransuer fait des allers-retours au volant de son poids lourd depuis des mois. Il sillonne l'énorme forêt amazonienne afin de livrer ses cargaisons dans les ports fluviaux du nord du Brésil. A chaque voyage, il voit l'asphalte s'étendre, remplaçant la verdure et les arbres. Erik Fransuer est l'un des milliers routiers qui roulent sur les deux autoroutes BR230 et BR163.
" Je me sens libre sur la route ", dit Erik Fransuer, 26 ans, alors qu'il se détend avec d'autres routiers dans des hamacs installés entre des poids lourds garés les uns à côté des autres dans une station-essence de la ville poussiéreuse de Ruropolis. Le chauffeur conduit environ 12 heures par jour, cahotant le long de routes construites il y a à peu près une cinquantaine d'années, dont certaines ne sont toujours pas terminées.

Tumultueuses et étroites, les routes sont parfois voire souvent dangereuses : nids-de-poule d'un mètre de large, tressautements, pont en bois branlants, tourbillons de poussière rouge qui cachent la vue, des parties de routes en terre battue.
"De ce côté, il n'y a pas de route", dit Erik Fransuer, qui porte un T-shirt, un short et des tongs, en montrant de la main la direction de la BR163 qui relie Ruropolis à Santarem. La semaine suivante, ce qui n'était qu'une piste de terre a été asphalté. D'après l'AFP, le gouvernement du président Jair Bolsonaro est pressé de développer l'Amazonie alors que l'économie est faiblarde. Il souhaite d'ailleurs terminer d'asphalter avant la fin de 2019, les 1 770 kilomètres de la BR163, de Cuiaba jusqu'à la capitale de l'État du Mato Grosso (centre ouest) à Santarem. Autre partie qui sera goudronnée : les sections de la BR230 qu'on appelle la Transamazonienne.
Peu à peu, des ponts en bois qui ne laissent le passage qu'à un véhicule et peuvent à peine supporter des poids lourds chargés de 30 tonnes de céréales sont remplacés par des structures en béton.

Déforestation en cours

En circulant dans l'Etat du Para, où se trouve la ville de Ruropolis, des journalistes de l'AFP ont vu des terrains sans arbres, parsemés de ranchs aux noms évocateurs de "Meu sonho" (Mon rêve) ou "Boa vista" (Belle vue). On voit apparaître à la place des arbres, des troupeaux de vaches de race brahmane ou des moissonneuses-batteuses dans des champs de céréales. "Avec nos recherches (...) dans les zones de la Transamazonienne et de la BR163, nous avons trouvé qu'à partir du moment où vous construisez une route, vous autorisez la déforestation sur environ 100 kilomètres le long de cet axe routier, c'est-à-dire 50 kilomètres de part et d'autre", explique Socorro Pena, ancien chercheur à l'Institut de recherche sur l'environnement de l'Amazonie.
"Les grandes routes et les grands projets d'infrastructure provoquent un taux élevé de déforestation et de problèmes environnementaux. Ils portent vraiment atteinte aux populations locales", ajoute-t-il.

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