Publié le 10/06/2021

#Culture #France

Les lieux de mémoire de la guerre ne sont pas ennuyeux

Alors que l'on célèbre cette année le 76ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945, on peut s'étonnner que les touristes soient toujours aussi nombreux à venir visiter ces lieux de mémoire. Et pourtant, la Seconde Guerre mondiale passionne, intrigue et émeut. Des plages du débarquement en Normandie, au village martyr d'Oradour sur Glane, resté en l'état, au camp d'extermination de Struthof en Alsace, en passant par le Mémorial du débarquement de Provence ou encore de la Nécropole de la Résistance à Vassieux-en-Vercors, ces lieux continuent de vivre, s'adaptant aux nouvelles technologies pour faire vivre l'Histoire de France et continuer d'interresser petits et grands.

Le seul village qui n'a pas changé depuis 1944

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. © PIERRE-OLIVIER CLEMENT-MANTION / 123RF

Suite au massacre de toute la population par l'armée allemande le 10 juin 1944, le village d'Oradour sur Glane est devenu un symbole et est resté dans l'état depuis cette date.

Notre tour de France des lieux de mémoire débute à Oradour sur Glane, à 22 km de Limoges, dans le département de la Haute-Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine. C'était le 10 juin 1944, à 14h, quelques jours après le débarquement de Normandie : 200 SS sont venus. Les femmes et les enfants du village furent rassemblés dans l'église, puis on les a mitraillé et brûlé vif. Idem pour les hommes, dans une grange. Tout un village massacré par la 2ème division SS Das Reich : 642 hommes, femmes et enfants, en représaille des actions résistantes de la région. Depuis, le temps s'est arrêté et un nouveau bourg a été érigé, à côté, pour entretenir la mémoire. Plus grand massacre de civils lors de la Seconde Guerre mondiale sur le sol français, cet effroyable épisode ne doit pas être oublié par les générations à venir. C'est pourquoi les ruines du village ont été classées monuments historiques en 1946. Le village martyr est conservé depuis en l'état et les ruines font l'objet d'un entretien continu pour éviter leur dégradation. Une expérience poignante qui ne vous laissera pas indifférent !

LE musée français sur la Seconde Guerre mondiale

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. © Enrico Della Pietra / 123RF

Si vous ne deviez en voir qu'un : c'est LE musée français sur la Seconde Guerre mondiale. Origines de la guerre, montée du nazisme, détails des opérations militaires de 1939 à 1945, mais aussi vie quotidienne sous l'occupation, Résistance, collaboration, régime de Vichy, Solution finale... Situé près des plages du Débarquement, le Mémorial de Caen est un lieu incontournable pour qui veut comprendre et se souvenir des événements de la dernière guerre. Réparties sur plusieurs milliers de mètres carrés, ses expositions permanentes ou temporaires déployent des trésors de pédagogie et de détails, adaptées à tous les publics. Inauguré le 6 juin 1988 par François Mitterrand en présence des chefs d'État ou de gouvernement de onze autre pays impliqués dans la Bataille de Normandie, ce lieu de mémoire incontournable mérite une longue visite : prévoyez une bonne demi-journée ! A l'intérieur sont présentés de nombreux objets de la vie quotidienne sous l'Occupation par l'Allemagne nazie, des plans et des maquettes, des engins de guerre, ainsi que les différentes étapes du conflit, avec un focus sur la bataille de Normandie et l'histoire de la Shoah. Le tout est ponctué de films, documentaires et bruitages nous plongeant dans l'ambiance !  Plus qu'un musée sur la Seconde Guerre mondiale, le Mémorial de Caen est un musée consacré à l'histoire du XXème siècle.

Omaha Beach, la plage la plus triste de la guerre

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. © Enrico Della Pietra / 123RF

Parmi les plages du Calvados qui ont été le théatre du débarquement des alliés, "Bloody Omaha" (Omaha la sanglante) est la plus connue : 8 kilomètres de champ de bataille de Sainte-Honorine-des-Pertes à l'est jusqu'à Vierville-sur-Mer. La visite du cimetière américain de Colleville-sur-Mer, qui surplombe la plage de Omaha Beach, est incontournable. L'occasion de dire merci au 9 387 soldats qui y reposent. Offert en concession perpétuelle par la France aux Etats-Unis, il s'étend sur 70 hectares. Le 6 juin 1944, cinq plages des départements de la Manche et du Calvados, en Normandie, sont entrées dans la légende et dans le grand livre de l'Histoire Mondiale. Utah Beach (sur la côte sud-est du Cotentin), Omaha Beach, Gold Beach, Juno Beach et Sword Beach (sur la côte occidentale du Calvados) demeurent des hauts-lieux de mémoire et de témoignage de l'ampleur des opérations militaires du Débarquement.

Le port artificiel d'Arromanches

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. © mikdam/123RF

Construit sur le site même où fut implanté le port artificiel, dont on peut encore voir les vestiges à quelques centaines de mètres, le musée d'Arromanches est l'un des sites majeurs des plages du débarquement de Normandie. L'occasion de comprendre l'extraordinaire défi technologique que fut la construction du port artificiel d'Arromanches, clé de la victoire des Alliés dans la bataille de Normandie. Opérationnel dès le 14 juin 1944, le port artificiel d'Arromanches, voulu par Winston Churchill, est le seul en service après la destruction de son homologue installé sur Omaha Beach. Il joua un rôle de premier plan dans la logistique des armées britanniques. Premier musée de France construit pour commémorer le Jour-J, le musée du Débarquement d'Arromanches permet de découvrir l'histoire de ce monument du génie militaire.

Le camp d'extermination de Struthof en Alsace

Quittons la Normandie, direction l'est, à l'opposé de l'Hexagone, en Alsace, qui avait été rattachée à l'Allemagne sous l'Occupation. La commune de Natzwiller se trouve aujourd'hui sur le territoire français. Ce qui fait du camp d'extermination de Struthof, situé à 800 mètres d'altitude, le seul de France. Il fait donc partie de ces lieux de mémoire où est exposée la barbarie Nazi. La potence, le four crématoire ou la salle d'expérimentations "médicales" ont été recréés. La visite s'effectue donc en silence et est déconseillée aux enfants de moins de 10 ans. Le site qui s'étend sur 4 hectares n'accueillait pas de juifs mais des résistants et opposants poitiques. 40% des 50 000 déportés y périrent, de faim, d'épuisement et de mauvais traitement.

Visite du Mémorial de la Résistance dans le Vercors

Le Vercors est un haut lieu de la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale et ce, dès 1940. Le maquis abrita jusqu'à 4 000 combattants. En juillet 1944, les Allemands de la Wehrmacht lancent plus de 15 000 soldats à l'assaut du massif, massacrant 201 civils et 639 maquisards. Le Mémorial du Vercors et la nécropole, sur la commune de Vassieux-en-Vercors, conservent la mémoire de la tragédie du Vercors. La mise en scène est spectaculaire, provoquant beaucoup d'émotions sur le public, grâce à des enregistrements, des témoignages, des maquettes, des photos, etc. Créée en 1948, la nécropole nationale de 8 300 m², rassemble 187 tombes.

Le discret débarquement de Provence

Moins connu que celui de Normandie, cette opération fut néanmoins primordiale dans la libération du territoire français. Le 15 août 1944, alors que la bataille de Normandie fait rage, les Alliés lancent un autre débarquement, sur les rives de la Méditerranée, en Provence. L'objectif était d'ouvrir un nouveau front et de prendre les ports en eaux profondes donnant sur la Méditerranée. Direction Toulon, dans le Var. Aménagé dans un ancien fort dominant la ville, le Mémorial du débarquement de Provence compte cinq salles, chacune étant dédiée aux forces qui étaient en présence en août 1944. Le mémorial du Mont-Faron est l'un des dix " Hauts lieux de la mémoire nationale " du ministère de la Défense. Rénové en 2017, il rend hommage à tous les combattants, qu'ils soient " Français libres, soldats venus d'Afrique, résistants et alliés ". Sa rénovation a permis d'adapter la muséographie au public du XXIème siècle afin de le rendre plus attractif.