L'île Maurice adopte la "green attitude"
Publié le 12/07/2018 394 partages

EnvironnementIle Maurice

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Destination touristique incontournable par excellence, l'île Maurice évolue de façon exponentielle depuis plusieurs années. Face aux enjeux économiques et désirant rester dans une croissance touristique positive, l'île adopte et intègre une logique plus responsable, au point de devenir une référence dans le tourisme durable.


Avec plus d'un million de touristes par an sur le sol mauricien, l'enjeu est de taille pour concilier au mieux le tourisme et la protection des sites naturels. Ces deux facteurs sont vitaux au bien-être de l'île Maurice qui élabore des plans durables. Ce qui est une bonne chose puisque depuis plusieurs années, l'écotourisme - ou le tourisme vert - est passé d'un tourisme confidentiel à un véritable phénomène de société. Ce paradis bleu révolutionne son offre touristique vers une politique plus verte, au point d'offrir une alternative au voyage.

L'écotourisme prend du terrain, aussi bien chez les hôteliers et les touristes que dans la communauté locale. Nombreux sont les acteurs touristiques mauriciens qui proposent une offre visant à inhiber les dommages causés par le tourisme de masse. Ce concept vert se répand par la prolifération d'activités dites vertes, des décisions écolos dans les hôtels pour sensibiliser la clientèle, des actions de la part des ONG à long ou à court terme.

L'hôtellerie de luxe au service de l'écologie

L'hôtellerie de luxe au service de l'écologie
© LUX* Belle Mare

Actuellement, les groupes hôteliers ont la possibilité d'afficher facilement l'empreinte environnementale d'une nuit passée dans leur établissement. Plus soucieux que jamais, les hôteliers s'engagent dans des démarches écoresponsables. C'est le cas pour LUX* Resorts & Hotels, qui possède trois hôtels à l'île Maurice (LUX* Belle Mare, LUX* Le Morne, LUX* Grand Gaube).

Le groupe s'applique avant tout dans la préservation de la biodiversité, en apportant son soutien à plusieurs projets dont celui avec la Mauritian Wildlife Foundation durant la Journée Mondiale de l'environnement en 2017. Lors de cette journée, plus de 1 200 plantes endémiques de Maurice ont été enracinées dans des écoles, des associations ou des municipalités. LUX* s'est investi également dans le projet de restauration de la réserve naturelle de l'Ile aux Aigrettes, refuge d'une flore et faune endémiques, menacées par l'urbanisation et le réchauffement climatique. Dernièrement, l'hôtelier s'est lancé dans la reforestation en plantant 140 végétaux à Port-Louis. Sa prise de conscience se reflète également à l'intérieur de ses établissements : utilisation des panneaux solaires, interdiction d'utiliser des pailles en plastique, recyclage de l'huile usagée de cuisine en biofuel grâce à un partenariat avec Bioil, etc.

Autres sujets sensibles dans les complexes hôteliers mauriciens : l'eau. Le recyclage des eaux usées semble être la clé pour un environnement fleuri. On recense une quarantaine d'hôtels équipés d'une station d'épuration d'eau dont les hôtels du groupe Veranda Resorts (par exemple : Paul et Virginie). Selon ce dernier, plus de 80% des eaux usées, qui proviennant des cuisines, des toilettes et des douches, sont recyclées dans leurs stations d'épuration. Les eaux assainies sont ensuite utilisées pour l'arrosage des espaces verts. Veranda Resorts est également le premier groupe hôtelier à avoir encouragé l'installation d'une bouée d'amarrage sur un site de snorkeling à Grand Baie, évitant ainsi d'abîmer la barrière de corail.

À l'instar de Veranda Resorts et LUX*, le groupe hôtelier Four Seasons collabore aussi avec une ONG pour développer son concept durable. « Depuis trois ans, WiseOceans et Four Seasons Resort Mauritius à Anahita travaillent ensemble pour protéger les récifs coralliens et les mangroves, tout en sensibilisant les clients à l'importance de la vie marine locale » explique Rick-Ernest Bonnier, éducateur marin pour WiseOceans. « Notre association se base sur trois stratégies : l'éducation, la conservation et l'implication » rebondit-il.

Ces ONG qui rendent Maurice plus vert

Ces ONG qui rendent Maurice plus vert
© Mauritian Wildlife Foundation / L'île aux Aigrettes

Parmi les nombreuses associations et ONG qui arrivent sur l'île, chacune y va de son combat : préservation des écosystèmes marins et terrestres, lutte contre la pollution, gestion durable des déchets, protection des ressources naturelles et préservation du patrimoine. L'écologie semble prendre tous son sens lorsque ces sujets sont traités de concert. Créée en 1984, la Mauritian Wildlife Foundation est dévouée à la protection de la faune et de la flore terrestre. Son plus beau projet reste l'île aux Aigrettes « une île prise en charge par l'association depuis 1985 et qui reçoit entre 7 000 à 8 000 touristes par an. Nous nous chargeons de la restauration des lieux, de l'introduction de plantes et des animaux. Nous protégeons aussi la biodiversité, comme l'oiseau Cardinal » explique Vikash Tatayah, directeur de la Conservation à la Mauritian Wildlife Foundation. L'objectif est de recréer l'écosystème de l'île aux Aigrettes tel qu'il existait il y a 400 ans. Un projet ambitieux qui est soutenu financièrement par le Club Med, dans le cadre de son programme durable « Globe Members ». Hormis la visite classique de l'île, l'association propose une visite accompagnée d'un expert du terrain et offre la possibilité d'adopter une plante pendant une année.

Bien plus qu'une sensibilisation auprès des touristes, l'île aux Aigrettes « s'ouvre aussi à la communauté locale. Les écoliers apprennent l'importance de garder notre patrimoine et sont sensibilisés sur les enjeux de l'île. L'implication des Mauriciens n'est pas à douter » insiste-t-il. Cependant, le travail doit être perpétuel et rigoureux. Selon Vikash Tatayah, « il faut être patient, persévérant, lorsque l'on veut s'impliquer dans l'écologie et ne pas rechercher à tout prix le profit. »

Basé au Four Seasons à Maurice, Rick-Ernest Bonnier, éducateur marin pour WiseOceans se dévoue depuis plusieurs années à la protection de la biodiversité marine. Soucieux du changement climatique qui affecte le milieu marin, OceanWises « travaille à la mise en place de leur propre « Coral Cabana » où nous serons en mesure non seulement de nous engager avec les clients sur la biodiversité marine, mais aussi de mener une démonstration sur nos méthodes de restauration des récifs. Nous espérons que cela incitera les touristes à soutenir notre projet de restauration de récifs » relate-t-il. Grâce à cette approche, l'éducateur marin semble être ravi de pouvoir enfin échanger ses autres préoccupations et sensibiliser avec les clients : « Je suis également très préoccupé par la quantité de pollution plastique dans les océans. J'encouragerai fortement les gens à abandonner les plastiques à usage unique, sinon à recycler et à réutiliser les matières plastiques, pour éviter qu'ils ne finissent dans l'océan. Les débris marins peuvent être ingérés par des créatures comme les poissons et les tortues. Cela peut être très nocif pour leur santé, et peut éventuellement affecter notre santé lorsque nous mangeons des fruits de mer. »

Illusion ou réalité ?

Illusion ou réalité ?
© Robert Mandel / 123RF

Après l'échec du projet « Maurice Ile Durable » lancé par le gouvernement en 2010, à cause des intérêts privés, l'île continue timidement mais sûrement son élan vers le tourisme durable, aussi bien pour les touristes que pour la communauté. Conscient des enjeux, Vikash Tatayah garde espoir : « Quand on parle de tourisme vert, il faut prendre en compte toutes les difficultés à Maurice. Le client vient surtout pour la formule all inclusive », qui n'incite pas les clients à visiter les richesses de l'île. « Ce n'est évidemment pas la faute des hôteliers. C'est une prestation comme une autre, où il y a une forte demande. Il y a quelques clients qui souhaitent découvrir l'île, et d'autres qui ne viennent que pour les plages. Cependant, il faut pousser les touristes à la curiosité et à découvrir notre île. Nous n'avons pas que des plages ! Nous avons une culture riche avec plus de 400 ans d'histoire, qui touche notre communauté, la religion et même notre attachement avec la France ». Néanmoins, il souligne qu'« à force de bétonner, on perd notre cachet, mais vendre le tourisme vert sur l'île reste possible ».

Une idée qui est soutenue par Jean Yves Chavrimootoo, syndicaliste, écologiste et membre du parti « Rezistans ek Alternativ ». Ce dernier est convaincu que « la transformation de l'industrie touristique en industrie durable ne se fera pas en autarcie ». Selon lui, le problème réside dans les décisions politiques, sociétales et économiques : « Les initiatives sont nombreuses et marchent plus ou moins bien sur des projets précis. Mais elles ne ralentissent nullement le désastre. Il ne sera pas difficile de mettre en place cette société écologique. Il faudra changer de direction. La question énergétique, par exemple, est écrasée par la relation incestueuse entre politiques et intérêts économiques ». Il n'y a pas de doute sur la prise de conscience vers le tourisme durable de l'île, Maurice « a tous les ingrédients pour devenir un exemple pour l'Océan Indien mais également pour le monde. Il faut une remise en question responsable » réplique-t-il.