L'île Maurice utilise la canne à sucre pour produire de l'énergie renouvelable
Publié le 19/01/2019 1417 partages

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La bagasse, résidu issu du broyage de canne à sucre, fait fureur à l'île Maurice. En effet, depuis quelques années, elle est utilisée comme combustible dans les centrales électriques à charbon, afin de diminuer sa dépendance avec les énergies fossiles.

Tout est bon dans la canne à sucre !

Tout est bon dans la canne à sucre !
© Hasselblad / 123RF

Isolée dans l'océan Indien et ne pouvant compter que sur elle-même pour son électricité, l'île Maurice espère diminuer progressivement sa dépendance aux énergies fossiles en développant les énergies renouvelables, notamment la production d'électricité grâce à sa principale culture, la canne à sucre. Depuis une quinzaine d'années, la bagasse, le résidu fibreux issu du broyage de la canne à sucre, est mise à contribution pour produire de l'électricité, au point de subvenir à 14% des besoins de l'île.

L'île Maurice dispose d'un système particulier pour sa production d'énergie : 60% des besoins en électricité de l'île sont produits par quatre sociétés sucrières qui font tourner chacune une centrale thermique. Ces quatre centrales tournent normalement au charbon mais quand la saison de la canne arrive, la bagasse remplace le charbon comme combustible.

En ce fin du mois de novembre, la récolte bat son plein dans les champs environnant la société Omnicane, située dans le sud de l'île Maurice. Une noria de poids lourds tirant d'immenses remorques viennent s'aligner près d'un entrepôt non moins impressionnant pour y décharger leur cargaison de canne à sucre fraîchement coupée. Durant la période de récolte, ce sont chaque jour 8.500 tonnes qui sont ainsi acheminées dans cette installation (soit environ 900.000 tonnes de canne dans l'année). Les tiges de canne sont alors broyées afin d'en extraire le jus qui servira à produire le sucre.

Menaces et limites

"L'électricité est disponible 24h/24, à la demande, sans avoir à attendre le vent ou le soleil, puisqu'on peut stocker la bagasse comme on le ferait pour l'huile lourde et le charbon", se félicite Jacques D'Unienville, directeur général d'Omnicane. Quant au CO2 produit lors de la combustion de la bagasse, il est récupéré selon M. D'Unienville "pour la production de gaz carbonique destiné aux entreprises de boissons gazeuses". Au total, environ 22% de l'énergie produite à l'île Maurice est renouvelable, en comptant le solaire, l'éolien et l'hydroélectrique. Et "l'objectif du gouvernement est d'augmenter la part de l'énergie renouvelable dans le mix énergétique à 35% en 2025", explique le Premier ministre adjoint et ministre de l'Énergie, Ivan Collendavelloo.
Mais ce système de production pourrait rapidement trouver ses limites à cause d'une concurrence accrue internationale. "L'abolition des quotas des betteraviers depuis le 1er octobre 2017 ainsi que la surproduction en Thaïlande, au Brésil et en Inde ont entraîné une baisse drastique du prix du sucre sur le marché international et portent un coup fatal à l'industrie sucrière locale", s'alarme Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d'agriculture de Maurice. Ainsi, "le nombre de petits planteurs est passé de 26.000 en 2010 à 13.000 en 2018. Une diminution drastique de 50% en 8 ans", selon le ministre mauricien de l'Agro-industrie, Mahen Kumar Seeruttun.
"Maurice est une petite île vulnérable. Nous n'avons pas la capacité qu'ont la Thaïlande, le Brésil et l'Inde mais nous sommes un producteur efficient puisque nous valorisons toute la chaîne de production sucrière. Nous avons besoin d'avoir des accès protégés dans les marchés préférentiels. Les petits pays devraient avoir des quotas en priorité étant donné que nous sommes très vulnérables", plaide M. D'Unienville.