• Connexion
Une dépouille d'une jeune métisse de 90 000 ans découverte en Sibérie
Publié le 14/09/2018

NouveautéRussie

Twitter Facebook 980 partages

Nous sommes tous issus de métissage, et cela ne date pas d'hier. Une équipe de paléontologue a fait une incroyable découverte qui devrait mettre fin au racisme si tout le monde en comprenait le sens. Les brassages de populations durent depuis des millénaires et la découverte d'ossements, vieux de 90 000 ans, appartenant à une ado vient d'entériner le fait que des métisses vivaient en Sibérie il y a des milliers d'années.

Appelée Denisova 11, l'ado de 13 ans morte de circonstances inconnues, vient de parler via l'étude de ses ossements datant de 90 000 ans. La dépouille osseuse a été découverte dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï, en Sibérie russe. À partir d'un seul de ses os retrouvé en 2012, les scientifiques ont pu déterminer son métissages. L' ADN a tout d'abord été extrait puis analysé et a permis de reconstituer son génome. La découverte a étonné tous les chercheurs puisqu'il est apparu que ses deux parents appartenaient à deux lignées humaines bien distinctes. Sa mère était une néandertalienne tandis que son père était lui un dénisovien. Ces deux lignées disparues sont presque impossible à retrouver dans le patrimoine génétiques des Hommes d'aujourd'hui.

Benjamin Vernot, l'un des analystes de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, le déclare lui aussi : « Notre réaction ? La surprise. C'était tellement fou qu'on a passé plusieurs mois à vérifier que ce n'était pas une erreur. » Après de multiples nouvelles analyses, les dernières vérifications ont jugé les preuves ADN suffisamment viables pour que la découverte soit publiée dans la revue Nature en date du 23 août 2018.

Grotte dans les montagnes de l'Altaï

Grotte dans les montagnes de l'Altaï
©?????????? ??????/123RF

La grotte où ont été découvert les ossements est mondialement connue des paléontologues pour avoir livré des fragments d'ADN révélants l'existence d'une lignée humaine inédite : les denisoviens. Le plus étonnant dans la découverte du métissage de la fillette de 13 ans est la différence qui existait entre les néandertaliens et les denisoviens. La première lignée peuplait alors l' Europe et allait bientôt être l'une des seule à rester en vie. Les dénisoviens quant à eux ne sont connus que grâce à d'infimes ossements et quelques dents retrouvés dans cette unique grotte de la chaîne de l'Altaï. Il est pour le moment toujours impossible de donner une identification physique de cette lignée mais des génomes semblables aux leurs ont pu être détectés chez les populations aborigènes d'Australie et de Papouasie et, plus étonnant, en Arctique.

La minutie d'un test ADN

La minutie d'un test ADN
©Elnur Amikishiyev/123RF

L'étude de l' ADN de Denisova 11 livre des informations incroyable sur son ascendance. L'équipe du pionnier de la paléontologie, Svante Pääbo, a comparé son génome à celui de la première dénisovienne identifiée, Denisova 3 (40 000 ans). Ce n'est pas tout puisqu'ils ont comparé ce même génome à celui d'un néandertalien vivant dans la même grotte il y a 120 000 ans et à celui d'un Africain de l'époque contemporaine. Ce comparatif a mis en exergue le fait que, chez Denisova 11, 38.6% des fragments d'ADN (choisis au hasard) se rapprochent des spécificités d'un génome néandertalien et 42.3% de celui de Denisova 3.

La quasi-parité obtenue dans cette identification signifie deux choses : Denisova 11 appartenait, soit à une population dont les ancêtres étaient eux-mêmes issus d'un mélange entre néandertaliens et dénisoviens ; soit que ses propres parents appartenaient chacun à un de ses groupes. L'équipe basée à Leipzig a choisi son camp. Pour eux, Denisova 11 est une métisse de première génération, c'est à dire que sa mère était néandertalienne et son père dénisovien. Pour autant, son arbre généalogique est plus complexe encore. L'analyse génétique a permis de déterminer l'ascendance de son père. C'est ici que Benjamin Vernot, le français de Leipzig intervient : « Il est probable que son père dénisovien a lui-même un ancêtre néandertalien, voire plusieurs, dans sa généalogie, possiblement aussi loin que 300 à 600 générations avant sa naissance. »

En revanche, la mère de Denisova 11 est génétiquement semblable aux néandertaliens ayant vécu en Croatie 20 000 plus tard que ceux de l'Altaï. La reconstitution de cet incroyable puzzle génétique dessine un univers où des lignées humaines séparées dans le temps restaient interfécondes et pouvait donc posséder une descendance aux ramifications croisées. Ce délicieux mélange suggère des mouvements de population sur de vastes territoires puisque notamment 6000 kilomètres séparents les grottes de Denisova et de Vindija (Croatie). L'archéologue français Pascal Depaepe commente cette découverte comme étant l'un des nouveaux éléments fondateurs de la compréhension des flux migratoires de l'époque : « Ces mouvements ont longtemps été envisagés sur un axe nord-sud. C'était sûrement bien plus compliqué avec des mouvements latéraux, en l'occurrence est-ouest, de la Sibérie vers la Croatie. » D'après lui : « Cela montre que les populations préhistoriques se mélangeaient assez facilement. Elles n'ont pas fait que cohabiter, mais se sont connues au sens biblique du terme. » Théorie validée par Benjamin Vernot : « Bien sûr, on savait que cela arrivait, par des analyses génétiques antérieures. Mais, trouver l'os d'un descendant direct de ces métissages, c'est très cool, et l'illustration de la force de la sérendipité. » La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d'un concours de circonstances fortuites. Une découverte qui en appelle d'autre donc.

peinture datant de l'époque Néanderthal

peinture datant de l'époque Néanderthal
© frenta/123RF