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Chasse aux trophées : un fléau pour la nature, un levier financier pour les chasseurs
Publié le 18/10/2019

EnvironnementBelgique

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Fusil à la main, grand sourire et cadavres d'animaux. Malgré les controverses actuelles entourant la chasse aux trophées, il n'est pas rare de voir défiler des photos de chasse sur les réseaux sociaux, mettant avant les chasseurs qui se tiennent debout près de leur victime, tenant fièrement leur arme ou/et la tête de l'animal. Bien que les images soient choquantes, cette activité apporte un certain bénéfice financier, au point que le tourisme de chasse devienne monnaie courante chez les riches. Témoignages de chasseurs.

 

 
© Oleg Elagin/ 123RF

Arbalètes, couteaux, ou fusils à la main, des chasseurs posent fièrement à côté de leurs "trophées". Ces trophées sont en réalité des cadavres d'animaux sauvages, fraîchement abattus... pour le plaisir. On les a tous vus au moins une fois. Ces photos de chasse sont connues et créent l'indignation des internautes à chaque publication. Des macareux ou des ours polaires morts... ces deux animaux sont en voie de disparition mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg. De nombreuses espèces animales menacées sont les victimes de ces chasseurs dans le monde entier, comme le rhinocéros noir, les éléphants, les guépards, les léopards ou bien les lions. Cette pratique scandaleuse et choquante est pourtant légale, à condition de mettre le prix. En effet, plus l'animal ciblé est menacé, plus son coût pour l'abattre sera élevé. Depuis plusieurs années, plusieurs entreprises de tourisme de chasse sont nés dans le monde entier. Visant une clientèle très riche, ces entreprises proviennent en majorité des États-Unis.

" Ces photos sont nauséabondes. Des animaux sont tués et des parties de leur corps finissent comme un trophée ", dénonce l'association Animal Rights, qui exige l'interdiction d'organiser de tels voyages. " Nous ne pouvons plus accepter que les gens tirent des bénéfices de la chasse aux animaux ", fustige-t-elle.

Les bénéfices de ces atrocités

Derrière cette activité, c'est une vraie course contre l'argent qui est en jeu. Des entreprises proposent plusieurs offres. À titre d'exemple : en Namibie, un trophée d'éléphant est proposé à un prix réduit, en raison d'une annulation de dernière minute. Une autre annonce pour un voyage tout compris en Afrique du sud propose de tuer un buffle, une antilope ou bien une girafe pour 12 500 euros. Autre option : les chasseurs participent à des compétitions. Ils ont donc une liste d'animaux sauvages à tuer pour obtenir un titre, comme le " Big Five Grand Slam africain " pour lequel un éléphant, un lion, un rhinocéros, un léopard et un buffle doivent être abattus. Souvent ces offres comprennent les vols, l'hébergement de luxe, les transferts... Plus contestable, il existe des offres qui incluent aussi des "ranchs" où l'on trouve des animaux sauvages élevés pour servir de gibier aux amateurs de trophées.
Si les agences tirent des revenus sur ce tourisme de chasse, la situation est également la même pour certaines régions. Une des raisons qui incitent à garder cette activité légale, malheureusement. Selon la recherche en tourisme dans les secteurs de l'économie, de l'environnement et de la société de la North West University, elle estimait que la chasse au trophée avait fourni près de 131 millions de dollars à l'économie sud-africaine en 2016. Ces sources financières colossales ne sont pas négligeables pour certains pays concernés, ce qui explique pourquoi certaines organisations et pays qui souhaitent que les restrictions de chasse restent basses.
Dans l'autre sens, certains pays argumentent même que cet argent aiderait à la protection des espèces. Pour Animal Rights, "la façon dont les tour-opérateurs promeuvent les animaux montre cependant ce qui compte vraiment. Les animaux encore en vie à cette époque sont décrits comme des objets et vendus comme ?super promo' [...] Les considérations éthiques sont rejetées pour l'argent et le plaisir des riches amateurs de chasse."

Chasser pour protéger les espèces ?

En lisant les témoignages des chasseurs, on apprend que chasser est un hobbit mais surtout une manière de protéger les espèces menacées. En exemple : l'Afrique du Sud a récemment augmenté le nombre de rhinocéros noirs pouvant être chassés de cinq à neuf par an, en précisant que les mâles adultes seraient ciblés afin de protéger les femelles reproductrices et de soutenir la conservation.
Guav Johnson, un chasseur professionnel du Zimbabwe, a chassé "pratiquement toute sa vie" et publie régulièrement des images de lions, de léopards et de buffles qu'il a tués. Le jeune homme de 38 ans a confié qu'il aimait la chasse, car cela lui permettait de se rapprocher de la nature sauvage. Il a décrit la chasse au gibier dangereux comme étant "excitant", "stimulant" et "risqué" et a expliqué que cette pratique pouvait avoir des effets positifs. "Sans la chasse, il n'y aurait presque plus d'animaux sauvages en dehors des parcs et des réserves. Nous sommes la seule raison pour laquelle ces zones sauvages existent toujours. Nous avons un quota de chasse stricte par an, travaillant normalement sur moins de 2% de la population d'une espèce, ce qui signifie que ce que nous chassons n'a pas d'incidence sur la population animale. Nous ne chassons que les vieux mâles. En retour, nous protégeons ces zones des braconniers, nous pompons de l'eau pour les animaux sauvages dans les zones sèches, les communautés situées en dehors des zones de chasse utilisent toute la viande et nous créons des emplois."
Il en est de même pour Tess Talley qui déclare que la chasse pouvait fournir des emplois et des revenus aux efforts de lutte contre le braconnage, tout en préservant la valeur de la faune. Elle insiste aussi sur le fait que la chasse finance des organismes qui contribuent à la conservation des habitats des animaux.

Pourquoi publier ses photos ?

De nombreux chasseurs posent avec une jambe au-dessus de l'animal, comme s'ils l'avaient conquis, tiennent l'animal pour montrer sa taille. Il y a clairement un sentiment de valeur et de concurrence. Ces photos sont aussi des preuves de la domination, de la richesse de ces chasseurs. Selon Tess Talley, ces photos sont un moyen de mettre un visuel à ses récits de chasse. Elle considère les images comme un moyen d'"honorer" l'animal, même s'il est certain que le laisser vivre sa vie serait un moyen plus humain de l'honorer. Elle affirme aussi que le partage d'images est une tradition qui se perpétue depuis des milliers d'années. En partageant ses photos, la chasseuse souhaite être en contact avec d'autres chasseurs et d'échanger avec eux sur leur expérience.
Des psychologues ont émis l'hypothèse que le chasseur affirmerait sa domination et son contrôle, tout en montrant ses prouesses financières et donc son pouvoir. La chasse aux trophées peut être une activité très coûteuse et peu de gens peuvent se permettre de participer à ces expéditions.

 

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Why hunt a black giraffe? . ??Blog ?? https://tesstalley.com/blog/the-black-giraffe

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A beautiful old male lion , hunted in a totally free range area , no fences ... Matetsi Safari Area - Kazuma, Zimbabwe ????Hunted this magnificent lion on day 13 of 21 , took us 5 days of persistence from the day the bait was first hit as the lion was vary wary and was difficult to catch him in broad daylight, finally we managed to get him just after 7am . This hunt is 100% LEGAL, conducted within the laws and regulations of the Parks & Wildlife Act with a National Parks Ranger present on the hunt . The proceeds of such a hunt benefit this area in a big way , anti poaching, pumping water , fireguards and paying the staff, not to mention that the meat is consumed, nothing goes to waste . #lionhunting #lionhunter #bigfive #dangerousgamehunting #classicafricanhunting #safariclubinternational #safari #zimbabwehunting #zimbabwe #africanhunting #africa #professionalhunter #freerange #freerangehunting #huntingisconservation #proudhunters

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Vers une interdiction ?

Eduardo Goncalves, fondateur de la Campagne pour interdire la chasse au trophée, a expliqué que la Convention sur le commerce international des espèces de plantes en voie de disparition (CITES) comprend trois catégories d'espèces menacées. Les guépards, les léopards et certaines populations de lions et d'éléphants sont inscrits à l'Annexe I, interdisant le commerce de l'espèce sauf dans des "circonstances exceptionnelles".

Cependant, la CITES exclut la chasse aux trophées. Par conséquent, s'il est illégal de tirer sur un éléphant et de vendre ses défenses, il est tout à fait légal de tirer sur le même éléphant et de prendre ses défenses s'il est un chasseur de trophées, car la chasse au trophée est considérée comme une activité non commerciale. Certaines mesures sont en place pour protéger ces créatures, par exemple la loi sur les espèces menacées d'extinction récemment mise à jour , qui met l'accent sur le rétablissement d'espèces rares aux États-Unis, bien que des chasses sont toujours d'actualité.

Signer la pétition...

Vous pouvez signer la pétition pour interdire la chasse au trophée ici .

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