Pour Herbie Hancock, himself, ce gratteur de cordes originaire du Bénin est un 'peintre musical'. Cette formule poétique d'un des plus grands pianistes de jazz suffit pour que tout amateur de jazz prête une oreille attentive à la production du guitariste.
Lionel Loueke a tout d'abord étudié au National Institute of Art en Côte d'ivoire, en 1990, avant de venir à l'American School of Moderne Music de Paris de 1994 à 1998. En 1999, nouvelle bourse mais cette fois-ci pour étudier à Berklee College of Music à Boston. Diplôme en poche, en 2000, il passe l'audition à la Thelonius Monk Institute of Jazz en Californie où le jury composé de Herbie Hancock, Terence Blanchard et Wayne Shorter (excusez du peu !) lui en ouvre les portes. Il y reste deux ans mais parallèlement commence à jouer avec le trompettiste Terence Blanchard avec lequel il enregistre deux albums sous le label Blue Note.
Et voilà, l'étoile montante de la guitare est lancée au sein du gotha du jazz. Collaboration avec Charlie Haden, Jack DeJohnette ou Kenny Barron puis un premier album In a Trance enregistré en public en 2005. Suivent ensuite Virgin Forest en 2007, Kariburu en 2008 (son premier album en tant que leader sous le label Blue Note) et Mwaliko en 2010.
Pour son troisième album chez Blue Note, le virtuose de la guitare livre un 'Heritage' de toute beauté.
Accompagné de Derrick Hodge à la basse électrique et de son vieux compère Mark Guiliana à la batterie, Lionel Loueke s'est associé à Robert Glasper, qui coproduit cet album mais intervient également sur ce dernier avec son orgue Hammond, son piano et quelques compositions, pour livrer le disque le plus abouti de sa production.
Héritage africain indéniable sur le morceau d'ouverture 'Ifé' ou 'Freedom Dance'. Et oui, au son des premières notes on n'est pas sans penser à Ali Farka Touré, évidemment. Mais à entendre la rythmique qui s'agite derrière, on comprend que le métissage rythme africain/jazz est instinctif. Héritage africain certes, mais c'est bien de la musique jazz qui guide ces doigts là.
Tout au long de l'album le lien que tisse l'artiste entre l'Afrique et ses terres d'adoption (la France et les Etats Unis) devient comme une évidence musicale. De 'Tribal Dance' dont le thème en boucle envoutant vous transporte au coeur de l'Afrique à la berceuse en bord de mer qu'est 'Hope', le guitariste, et les musiciens qui l'entourent, baigne dans l'alchimie musicale.
L'influence de musiciens comme Herbie Hancock ou Wayne Shorter qui l'ont pris sous leur aile est aussi très présente dans des morceaux comme 'Ouidah', 'African Ship' ou 'Fafarina', dignes héritier de Weather Report. Plus jazzy et groovy, tu meurs ! Rythme saccadé, rythmique de folie qui vient accélérer les morceaux, mélange voix/guitare et ligne d'orgue Hammond, cet album est d'une telle profondeur qu'il fait partie des galettes qui se retrouvent invariablement dans le lecteur CD.
Frederic Fromentin
Note :
Prix moyen : 14,99 €