Dans les années 60, le multi-instrumentiste Fela Kuti et son Africa 70 ont révolutionné le monde de la musique africaine avec l'afrobeat, un mélange de jazz, de rythm 'n' blues et de musique traditionnelle Yoruba.
Quelques décennies plus tard, ils sont encore nombreux les groupes à se réclamer du Maître. Ils sont nombreux, oui, mais ils sont finalement bien peu a pouvoir réellement revendiquer son héritage.
Antibalas est de ceux là. Cette formation composée d'une dizaine de musiciens revient dans les bacs 5 ans après son dernier opus 'Security'. Avant de parler de ce nouvel album, un petit retour sur la genèse de cette formation n'est peut-être pas inutile.
C'est dans un appartement de Brooklyn, en 1997, que Antibalas est né sous l'impulsion du saxophoniste Martin Perna. La même année, ce loft, que Martin Perna partage avec Gabriel Roth et Tunde Adebimpe, voit naître deux autres groupes les Dap-Kings (dont Gabriel Roth est le leader en plus d'être le cofondateur du label Daptone Records) et TV on the Radio (avec Tunde Adebimpe comme leader).
Inutile de dire que les murs du logement ont du entendre quelques riffs funk, jazz et rocks !
Les trois compères, même s'ils officient dans trois groupes différents, ont multiplié les collaborations. Sur scène pour la première fois en 1998, Antibalas enregistre son premier album 'Liberation Afro Beat, Vol.1', en 2000. L'enregistrement est supervisé, comme les deux suivants, par Gabriel Roth (à la fois guitariste, ingénieur du son et producteur), qui écrit également pas mal des premiers morceaux du groupe.
En quelques années, entre tournées et enregistrements (le deuxième album, 'Talkatif' sort en 2002, le 3e, 'Who Is This America ?' en 2004 et le 4e, 'Security' en 2007), le groupe se produit dans pas moins de 23 pays.
Les collaborations du collectif sont elles aussi riches. La plupart des membres officient auprès d'autres artistes du label Daptone Records, comme Sharon Jones and the Dop-Kings ou The Budos Band, et le groupe Antibalas accompagne des artistes de renom comme Paul Simon, TV on the Radio, Public Enemy et Amy Whinehouse.
En 2008, le groupe participe à la comédie musicale 'Fela !' sur la vie de Fela Kuti, redonné en 2009 à Broadway.
Au final, il aura donc fallu que les fans attendent 5 longues années pour que Antibalas revienne en tant que groupe à part entière avec un nouvel album. Ce retour, proche du retour au source puisque pour la première fois l'album est édité sur le label Daptone Records, est un vrai retour en force !
Dès les premières notes du premier des 6 morceaux, on ne peut empêcher ses pieds, ses jambes et finalement tout son corps de bouger. Du funk ? Il y en a. Du jazz ? Il y en a aussi. Des influences latines ? Itou. Une bonne dose de section de cuivres, des percussions, de l'orgue Hammond (servi par Victor Axelrod), des textes à considération politique ? Tout y est ! Antibalas n'est pas un des piliers de la scène afrobeat pour rien.
Du clin d'oeil aux récents mouvements de contestation contre le monde de la finance qu'est le premier titre de l'album 'Dirty Monkey', en passant par une belle ode à la femme dans 'Him Belly No Go Sweet', au plus jazzy 'Ibeji', au mélange savant de cuivres, clavier et vois sur 'The Racatcher' ou au final 'Saré Kon Kon', Antibalas respecte le genre, le sublime et le fait évoluer histoire de faire durer notre été sur des rythmes très festifs.
Frederic Fromentin
Note :
Prix moyen : 13,99 €