Toutes nos excuses, ce livre est paru en 2011. Il nous avait échappé. Avec un tel titre, Touriste s'impose pourtant. D'autant plus que cet autoportrait de voyageur est réjouissant. Dans les pas de Julien Blanc-Gras, auteur et narrateur, on fait le tour du monde à coup d'anecdotes bien senties. Backpacker multirécidiviste, touriste professionnel quand il met sa casquette de journaliste, Julien Blanc-Gras a vu du pays. Angleterre, Colombie, Inde, Maroc, Polynésie... par ordre d'apparition, liste non exhaustive, loin de là.
Mais point de traversée de l'Himalaya en trottinette ici. Le narrateur se balade pour le simple plaisir d'arpenter le terrain. La plus belle des motivations. Peu importe que la destination soit convenue ou farfelue, il nous en livre un récit franc et drôle. Très drôle même, on se marre franchement. Celle et ceux qui ont quelques périples sac au dos à leur actif se retrouveront forcément dans les situations décalées où l'auteur se sent couillon plus souvent qu'à son tour. Touriste ne s'appesantit pas, Julien Blanc-Gras n'a visiblement pas vidé ses carnets, on lui en sait gré.
L'évocation du Kamtchatka et du Saskatchewan dès la deuxième page, ne peut que mettre en jambe pour poursuivre la lecture. Julien Blanc-Gras prend d'abord le voyage à sa source : la géographie. Il cultive l'évocation du grand ailleurs par le survol des atlas, la poésie de la toponymie et les promesses de la topographie. Les addicts au voyage et à la géographie se reconnaîtront à coup sûr dans les aspirations, obsessions et situations narrées. J'approuve fermement l'intronisation de Google Earth comme plus belle invention du troisième millénaire, la nécessaire éradication de toute velléité musicale des territoires situés à l'est de l'Inde, le fait qu'une escale de 12h au Venezuela sans sortir de l'aéroport ça ne compte pas pour un pays visité et que la business class, n'en déplaise aux masos du voyage, c'est le pied. En revanche, je m'insurge de la présence de Bandar Seri Begawan dans le top 10 des plus beaux noms de ville (Tegucigalpa et Antananarivo, je valide, j'aime Vladivostok aussi). Je me permets même d'affirmer que déguerpir face aux 'pénibles en maillot de bain' c'est pas professionnel pour deux sous.
Vous ne me suivez plus ? C'est normal. Lisez Touriste. Ce récit porte en lui le plus grand cadeau du voyage : permettre de côtoyer d'autres réalités pour prendre du recul sur la sienne. Se cogner à "l'hétérogénéité des existences" comme l'exprime Julien. Un cadeau égoïste, pas toujours facile à recevoir, mais si précieux.
Touriste de Julien Blanc-Gras - Editions Au diable vauvert - 259 pages, 17 euros.
Note :
Prix moyen : 17,00 €