Il est six heures. Paris s'éveille.
Peu à peu, les lumières chaleureuses, qui se reflètent dans le zinc des cafés, allument le regard endormi des premiers clients, semblables aux premières lueurs du jour qui réaniment la ville assoupie.
Il est huit heures. Paris se lève.
Les grandes artères qui sillonent la capitale, bordées d'élégants immeubles haussmaniens, commencent à s'animer.
Place de l'Hôtel de Ville, les amoureux se séparent en s'embrassant, devant le décor intemporel de ce vaste palais à la façade Renaissance. La photo de Doisneau est sans cesse rejouée, même décor, personnages différents.
Autour, on rentre ou l'on sort des bouches de métro. Châtelet, Palais Royal, Musée du Louvre, Opéra, simples stations de métro qui, dans la bouche du touriste, se font le sésame d'un monde parfois ignoré des indigènes.
Il est dix heures. Paris se vide.
Abandonnée par les flots laborieux, la ville s'offre, alors, aux regards des curieux. Tout le long de son axe historique, la ville se raconte, découvre ses vieilles pierres sacrées, musée du Louvre, Concorde, Champs Elysées, Arc de Triomphe. Telle une frise chronologique cet axe se termine à la Défense. La pierre fait place au fer et au verre, les bâtiments se relèvent et viennent chatouiller le ciel. La ville romantique d'un diner aux chandelles devient alors village d'affaires aux lumières publicitaires.
Il est midi. Paris s'invite...
...dans les assiettes ! Sandwich baguette, beurre, jambon, fromage (le célèbre Parisien), dévoré sur le pouce dans un parc arboré ; Entrecôte frites, fromage, verre de vin et café des brasseries Bouillon Chartier ou du Train Bleu, apporté en chemise blanche et gilet noir d'où pendouille un limonadier; Recettes régionales traditionnelles, qui rappellent aux déracinés, installés dans la capitale, la cuisine de grand-mère, servies au Pied de Cochon ou chez Lipp ; Mélange subtil de saveurs et de produits d'exception, mis en scène avec talent par les chefs étoilés de restaurants comme le Restaurant Pierre Gagnaire ou Le Pré Catalan.
La gastronomie à Paris, aussi novatrice soit-elle, reste un monument !
Il est quartoze heures. Paris s'élève.
Haut dans le ciel, la Tour Eiffel devient fourmilière.
Ce squelette de fer, à la vie censée être éphémère, veille depuis 120 ans sur la ville, dont elle est devenue l'emblème.
Notre-Dame s'allonge au fur et à mesure que l'on arpente son parvis. Le point zéro (le kilomètre 0 des routes françaises) est là, comme un point d'ancrage à l'édifice, un des plus beaux du style gothique.
Un point d'ancrage, il lui en faut bien un à cette prude Demoiselle ! Car à ses pieds, c'est le Quartier Latin qui offre ses méandres de petites rues, à la réputation autrefois sulfureuse. Aujourd'hui, restaurants, petites boutiques et bouquinistes font la joie des passants.
Il est 16 heures. Paris s'élève...
...Culturellement. La ville révèle alors tout un monde où formes, lettres, couleurs, sons, images et paroles prennent corps.
Théâtre, musique, peinture, sculpture, cinéma, poésie, la parisienne est aussi belle que cultivée.
Ses temples de la connaissance, la Sorbonne, le Collège de France, la Bibliothèque Nationale de France, ses théâtres et salles de spectacles, la Comédie Française, l'Olympia, le Théâtre Gérard Philippe, ses musées, le Louvre, Orsay, le Centre Georges Pompidou, le Musée du Quai Branly ont autant d'attraits architecturaux qu'artistiques.
Il faut dire que des siècles d'écrivains ont hanté ces lieux et surtout...les cafés alentours !
L'incontournable café Le Procope, près d'Odéon, où s'écrivirent les pages de la constitution américaine et vit passer nombre d'écrivains et de poètes, est de ceux-là.
Puis il y a Montmartre, qui accueillit sa foule artistique, bigarrée et fétarde. Dans les cabarets, la voix d'Aristide Bruant résonne encore, pendant que Toulouse-Lautrec croque les danseuses de Can-Can. Orphelin, le Lapin Agile est le seul établissement, témoin de cette époque, encore ouvert de nos jours.
Mais rangeons nos mouchoirs, fêtes et joie sont toujours règles et devoir chez Régine ou chez Michou.
Impressionnant lieu d'avant garde à la fin du 19ème siècle, le quartier Montparnasse garde les stigmates de cette époque foisonnante. Le Dôme, la Coupole ou le Boeuf sur le toit, ces restaurants ont accueilli les artistes fauchés qui ont gravé leurs noms, depuis, dans l'histoire de l'art (Brancusi, Picasso, Modigliani, Duchamp, Breton, Dali...), et pour certains, dans une des pierres tombales du cimétierre Montparnasse.
Puis ce fut le règne de Saint Germain des Prés. Sartre et Beauvoir devinrent les figures incontournables du café Flore, pendant que Vian lançait son « En avant la Zizique » du bout de sa trompette au Club Saint Germain des Près et au café Les Deux Magots.
Il est 18 heures. Paris s'évade.
La cloche a sonné. Les élèves, enfin libérés, envahissent les squares, les parcs... le pavé. Entouré de pierres grises, c'est dans les jardins que les couleurs naturelles fleurissent, comme un écho aux vitrines.
Que ce soit le jardin du Luxembourg (au bout du boulevard Saint-Michel), le jardin des Tuileries (près de la Concorde), le jardin des Plantes (à proximité de la gare d'Austerlitz), le Parc Floral (en bordure du château de Vincennes) ou le parc Montsouris, ces îlots de verdure, au cœur même de la ville, sont de véritables réservoirs d'oxygène, de calme et de rires d'enfants.
Il est 20 heures. Paris célèbre.
Le soleil se couche. L'avenue des Champs-Elysées se pare de son collier de perles lumineuses. Elle a la grâce d'une diva et la sobriété des gens de classe. Son tapis de dalles grises s'offre aux badauds, le temps d'une sorte de descente de marches dont les magasins de luxe sont les échelons.
Même si des grands noms, Cartier, Guerlain, Lacoste, Lancel, Vuitton, Hédiard, possèdent une boutique, les Champs-Elysées, l'une des plus belles avenues du monde, n'a pas le monopole du luxe et du goût à Paris.
A travers toute la ville, les noms des grands couturiers s'étalent en lettres dorées. Chanel, Dior,Yves Saint-Laurent, Jean-Paul Gautier, les créateurs parisens cotoient les grands bijoutiers, réunis Place Vendôme, les grands restaurants comme l'Arpège, le Bristol, le restaurant de Guy Savoy et les palaces, le Ritz, le Meurice, le Crillon, le Bristol, le George V, le Plaza Athénée ou le Fouquet's Barrière, dont les noms, et les suites, laissent rêveurs.
Il est 22 heures. Paris veille.
La nuit venue, une métamorphose se produit.
La fourmilière diurne a disparu et fait place à une population plus détendue, plus colorée, plus festive.
Au pied de la butte Montmartre le Moulin Rouge ouvre ses portes. Sur les Champs-Elysées, le Lido fait de même. Dans quelques heures, ce sera au tour des Bains Douches, du Queen ou de la Locomotive, les célèbres boîtes de nuit parisiennes.
Il est minuit ! Paris reste éveillé.