Djibouti © Jean-Leo Dugast - Hoa Qui
Port franc d'Afrique orientale, Djibouti reste pour la France d'une importance stratégique considérable. Débouché du commerce éthiopien, c'est le seul grand pôle économique du pays. Toute l'activité de la ville tourne autour du port. On y verra de grands navires marchands, venus de tous les horizons, amarrés parmi les boutres et sambouks arabes avec leurs équipages aux mines de pirates, qui sillonnent les eaux côtières entre Djibouti, Tadjoura, Obock, Hodeida et Aden. La modernité y côtoie ainsi un monde surgi de Simbad le marin. Le centre de la capitale, qui résonne la nuit du vacarme des bars et des night-clubs, vaut d'être exploré en détail. Deux planètes y vivent en parallèle sans jamais se mélanger. La planète des petits Blancs d'abord, autour du club nautique, de l'ambassade, de l'hôtel Sheraton, des jardins d'Ambouli, des plages de Doralé, du plateau du Serpent. C'est le Djibouti sous-préfecture dont se moquait Nizan, recroquevillé sur sa nostalgie. Aux terrasses des cafés, sous le ronronnement des ventilateurs, on y parle d'expéditions en 4 x 4 et d'ensablement, de pêche au gros et de belles indigènes... La planète indigène, quant à elle, se structure autour du grand marché, le Magalla, à la porte du Harar (place Rimbaud), qui s'étire le matin au pied de la mosquée, et où les femmes somalies jacassent devant leurs étals de safran et de poivre. Tout autour, en particulier dans la rue des Mouches, les échoppes des commerçants yéménites, grandes comme des boîtes d'allumettes, entassent des tissus des Indes, des oeufs d'Autruche, des coquillages de la mer Rouge, des mâchoires de requins, des enluminures éthiopiennes, des cassettes vidéos et des climatiseurs.