Dans l'histoire du cinéma, peu de films ont réussi à se sortir avec brio du sujet ô combien sensible des Khmers Rouges. Si La Déchirure avait immédiatement séduit le monde entier, il semblerait que le Sommeil d'Or soit également bien parti pour s'inscrire dans la lignée des documentaires historiques extrêmement bien ficelés. Ici, aucune romance, que du vrai, du cru.
Si le film ne s'appuie pas sur le génocide social, il parle toutefois bel et bien d'une hécatombe d'un autre genre, celle de l'histoire cinématographique cambodgienne entièrement détruite après l'accession des Khmers au pouvoir. Réalisateurs poursuivis et abattus, salles de cinéma fermées, bandes détruites, un patrimoine entier réduit en cendres...
Tout un pan de l'histoire d'un pays qui aurait pu disparaître sans l'acharnement de Davy Chou, auteur du film et petit-fils d'un producteur prolifique de Phnom Penh en cette funeste époque.
En basant son œuvre uniquement sur des témoignages, il nous livre un véritable bijou plein de sensibilité sans jamais tomber dans l'atermoiement et la recherche d'une compassion universelle. Usant de sa caméra comme d'un fil à recoudre, il panse les blessures de l'âme de plusieurs personnes ayant vécu cette tragédie. On pensera par exemple au terrible témoignage de l'un d'entre eux qui avoue, avec une honnêteté sidérante, se souvenir plus facilement des acteurs et actrices de cet âge d'or révolu que de certains de ses proches disparus. Ou encore à ce producteur autrefois reconnu, devenu maintenant chauffeur de taxis. Une captation de portraits comme on en a rarement vécu dans les salles obscures.
Un documentaire d'une beauté sidérante, une ode au septième art, où la frustration d'avoir perdu un tel trésor patrimonial est omniprésente.
Date : 19/09/2012
Note :
Prix moyen : 10,00 €