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Une balle dans le pied

 
 

09 janvier 2012 - 12:45 Laurent Serfaty

Quand les choses vont mal, quand une crise quelle qu'elle soit frappe à nos portes, on observe deux types de comportement. D'un côté, on distingue ceux qui se regroupent et qui, dans le sang-froid, élaborent une stratégie pérenne pour se reconstruire. De l'autre, ceux qui cèdent à la panique, qui tentent désespérément et par tous les moyens de se raccrocher aux branches, faisant n'importe quoi dès l'instant que 3 francs 6 sous rentrent dans les caisses.
Il faut reconnaître que ce début d'année n'est pas avare en clients de la seconde catégorie. Pour 2012, le concours de la contre-performance est lancé. Pour l'heure, les candidats se bousculent au portillon.
De la plus inconsciente à la plus effrayante, le tour du monde des erreurs de communication passées au prisme du tourisme révèle des failles déconcertantes dans la gestion de la politique touristique menée par les états.
A compter du 1er mai prochain, un visa sera nécessaire aux voyageurs français pour se rendre en République dominicaine. Jusqu'ici, nous n'avions besoin que d'une simple carte d'identité. Demain, il faudra s'acquitter d'un visa (dont le tarif n'est pas encore annoncé) au mieux, et d'un passeport + visa au pire. C'est là que le bât blesse. Le panier moyen s'établit environ à 800 euros pour se rendre en Rep. Dom. Si vous partez en famille, à quatre, et que vous n'avez pas de passeport, il vous en coûtera 360 euros (90 euros x 4), auxquels viendra s'ajouter le montant du visa, x4 également. C'est au moins un demi-forfait supplémentaire qui viendra grever la facture.
On peut s'interroger sur la motivation d'une telle politique. La destination, connaissant une légère baisse de fréquentation, tente-t-elle de se refaire la cerise en s'ouvrant de nouvelles ressources ? Cela contribuera probablement à remplir les caisses de l'Etat, assurément pas celles des tour-opérateurs ou des hôteliers qui ne peuvent que subir cette contre-publicité.
Le ministre du tourisme dominicain a peut être suivi les conseils de son homologue sénégalais qui a fusillé l'économie touristique de son pays en faisant exploser les taxes d'aéroport et touristiques. Une hausse que les marchands ont été contraints de répercuter sur les prix, ce qui a bien entendu eu le mérite de détourner les touristes du Sénégal.
Plus récemment, l'Egypte nouvelle a voté pour ses représentants au parlement. La surprise est venue du score du parti salafiste, arrivé second, dont le chef de file a été invité sur le plateau du premier journal télévisé égyptien. Il a eu le mérite d'être clair. Après avoir refusé de s'adresser directement à la présentatrice vêtue à l'occidentale, il a exigé l'agencement d'un verre opaque entre eux afin de lui répondre sans la voir. Il nous a ensuite expliqué qu'il aspirait à ce que les femmes étrangères foulant désormais le sol national portent toutes le foulard. Concernant les plages, elles ne doivent plus être mixtes et le maillot de bain serait proscrit pour les dames... Dans un pays dont la deuxième ressource est le tourisme et qui possède les plus belles plages de la mer Rouge, il va devenir contrariant de faire cohabiter charia et business, économie et observance autoritaire.
Dans le même esprit ou quand la religion se mêle de ce qui ne la regarde pas, le gouvernement des Maldives est notre gagnant de la semaine. Décision vient d'être prise de supprimer l'alcool et les spas des hôtels de l'archipel ! Motif ? Il s'agit ici de calmer les ardeurs du premier parti d'opposition, un mouvement religieux conservateur, qui voit dans les spas et autres espaces de bien-être un nid de prostitution et de luxure... Inutile de préciser que c'est le genre de mesure qui fera immédiatement fuir les candidats au voyage, qui se rendent justement aux Maldives pour le repos, le luxe et la remise en forme. Bonne nouvelle, la résistance s'organise et les hôteliers ont clairement annoncé leur intention de maintenir leurs spas ouverts. Question de survie, le tourisme est la première ressource monétaire de l'archipel...
Deuxième bonne nouvelle, à l'heure où vous lisez ces lignes, il semblerait que les autorités maldiviennes aient fait marche arrière et annulé le décrêt, quelqu'un s'est probablement acheté une calculette au gouvernement...
Plus inquiétant, ce qui se déroule en ce moment, à nos portes, en Hongrie précisément. On savait le gouvernement Orban peu enclin au débat ou au partage ; sa dernière mesure ? refonte de la Constitution - est plus qu'un symbole. Depuis le 1er janvier de cette année, le pays ne s'appelle plus République de Hongrie. Dorénavant, on se contentera de la Hongrie. La notion de république a disparu, comme une poussière qu'on balaie du revers de la main. Comme on écarte la presse d'opposition, désormais muselée ou interdite d'antenne, mise à l'amende si elle s'avisait de diffuser autre chose que l'information unique distillée par l'agence de presse nationale (MTI). Comme on écarte une constitution gênante pour la remplacer par un texte original donnant l'ensemble des pouvoirs de l'Etat (Education, police, armée, justice, finances) à des proches du Premier ministre, nommés pour des périodes allant de 9 à 12 ans, les rendant ainsi intouchables même en cas d'alternance ! Comme on supprime toute notion d'égalité sociale en appliquant un taux unique de 16?% pour l'impôt sur le revenu, pénalisant pour les ménages les plus modestes, ou encore en menaçant de prison les sans-abris. Avec une volonté non dissimulée de ressusciter La Grande Hongrie, alimentant des tensions déjà aigues avec les voisins slovaques. Le tout empêtré dans une crise économique sans fonds, mal arbitrée par une monnaie au plus bas de son Histoire face à l'euro.
Amis de la démocratie bonsoir, circulez y a plus rien à voir !

On pourrait dresser ainsi une liste longue comme une facture de garagiste, ce ne sont pas les volontaires qui manquent, Chine, Venezuela, Nicaragua, Birmanie, Kenya, Algérie...
Loïck Peyron, entre deux tours du monde, a écrit que « le plus beau voyage, c'est celui qu'on n'a pas encore fait »... A cette allure, si l'on continue à laisser s'exprimer les néfastes et s'imposer les nuisibles, nous n'allons plus faire que de très beaux voyages !

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En bref