Tout le monde sait qu'organiser une grande compétition sportive internationale coûte cher. Chacun sait également que cela rapporte beaucoup. Les premiers à en profiter sont généralement les commerces locaux, à commencer par l'hôtellerie. Nous sommes déjà avertis, par exemple, que les hôtels de Londres vont augmenter leurs tarifs de 134% à l'occasion des Jeux olympiques en juillet prochain. Mais on était loin de se douter de l'ampleur du phénomène concernant les établissements ukrainiens destinés à accueillir le public du Championnat d'Europe des nations de football qui se déroulera au mois de juin.
Le dernier record en date remonte au dernier Grand Prix de France de Formule 1, en 2009. Pour ceux qui ne connaissent pas la configuration des lieux, le circuit se situe en pleine campagne, aux portes du village de Magny-Cours. Le bourg en question compte 2 ou 3 hôtels modestes et un établissement sans étoiles (Formule 1 lui aussi), le plus proche du circuit. Ensuite, il faut aller à Nevers, 30 kilomètres plus loin. Pas pratique pour héberger des écuries habituées aux 5 étoiles et au strass. A l'époque donc, les chambres du Formule1 (l'hôtel, pas la discipline) s'étaient vendues 1500 euros la nuit en lieu et place des 49 euros habituels ! Un peu onéreux pour des chambres en plastique et l'obligation de faire la queue le matin dans le couloir, pour prendre sa douche, la trousse de toilette sous le bras...
Avant tout, remettons le débat actuel dans son contexte. L'Ukraine et la Pologne co-organisent l'Euro 2012, les deux pays étant censés se partager équitablement l'accueil des équipes et du public, ainsi que la logistique des rencontres sportives. D'après le gouvernement ukrainien, ce sont entre 700 et 800 millions d'euros qui ont été investis pour les aménagements nécessaires à l'événement. Or, il s'avère que même si les matchs se dérouleront moitié en Pologne et moitié en Ukraine, seules trois équipes sur seize ont décidé de séjourner en Ukraine, dont le Onze national ukrainien... Les autres, malgré les inconvénients et les frais de transport, préfèrent encore venir jouer leurs matchs depuis la Pologne.
La faute à Tchernobyl, située à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, ainsi qu'à la mauvaise réputation du pays, en terme de sécurité ou de risques sanitaires (rumeurs de tuberculose, de rage, de sida, amplement relayées par Internet). A cela viennent s'ajouter des inquiétudes sur la contamination de l'air, de l'eau potable (qui ne l'est pas), des structures touristiques inexistantes, une corruption galopante et une politique d'affichage des prix dans les commerces totalement ubuesque.
A moins de 100 jours du coup d'envoi, il semble évident que les nuages de la faillite menacent cruellement. Puisque les officiels du foot dans leur ensemble refusent de séjourner dans le pays, les hôteliers ukrainiens ont décidé de se rattraper sur les supporters. Avec des espoirs démesurés sur la capacité de ces derniers à faire tomber les euros dans l'escarcelle nationale. Ainsi, un hôtel habituellement revendu 42 euros la nuit à Donetsk, est affiché à 3600 euros ! 85 fois le tarif, record explosé, bye bye Magny-Cours. Ce n'est pas un cas isolé. De très quelconques établissements 1 ou 2 étoiles affichent sans rougir des tarifs de 1000 euros la nuit.
Les petits budgets pourront toujours se rabattre sur les auberges de jeunesse qui sont légion en Ukraine. A condition de s'acquitter de 1400 euros la nuit ! Qu'à cela ne tienne, reste le camping. Une tente pour 2 reviendra à 120 euros la nuit... La liste est sans fin, et les perspectives de conversion en réservations quasi nulles, on s'en doute.
Conséquence : les supporters ne viendront pas. Au mieux, ils appliqueront la même politique que leur équipe, à savoir s'offrir le transport dans la journée depuis la Pologne ou tout autre pays voisin.
A moins que les Ukrainiens redescendent sur terre et revoient leur stratégie commerciale à la baisse. Très sévèrement. Quitte à perdre une part de l'investissement initial. A défaut de quoi le déficit d'image associé au désastre économique risque bien de mettre le pays au ban des nations pour très longtemps.
Laurent Serfaty
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