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Sheikh Khalifa roi des Seychelles ?

 
 

30 novembre 2011 - 18:19 Nicolas Pelé

Petit paradis délicatement posé juste sous l'équateur au cœur de l'océan Indien, l'archipel des Seychelles et ses 115 îles sont l'un des rares endroits de la planète encore préservés des folies humaines. C'est ici que l'on situe le paradis originel d'Adam et Eve, où se retrouvent les couples en lune de miel à l'ombre des mystérieux cocos de mer, sur les plus belles plages du monde. Une destination vierge de côte bétonnée et de resorts géants tout compris, où des règles strictes protègent l'environnement : les hôtels ne doivent pas être trop proches de la plage ni dépasser la taille d'un cocotier.

Depuis son indépendance en 1971, ce pays a su résister aux pressions du tourisme de masse, contrairement à l'île Maurice. Mais pour combien de temps encore ? Quittant l'île principale de Mahé à bord du Cat Coco qui fait la navette vers l'île voisine de Praslin, on ne voit désormais plus que lui, l'affreux palais de sept étages du sheikh Khalifa, qui s'est visiblement permis de s'affranchir des règles en vigueur aux Seychelles, défigurant un paysage paradisiaque. Niché sur les hauteurs de Mahé, ce « bunker » géant qui semble surveiller l'île principale des Seychelles évoque la forteresse d'un nouveau souverain qui s'affirme aux yeux de tous comme le nouveau maître de l'archipel... Sa construction fut d'ailleurs entachée d'un scandale : les eaux usées des locaux insalubres où logeaient les centaines d'ouvriers d'Asie du Sud-Est ayant construit le palais ont pollué l'une des rivières principales, coupant l'approvisionnement en eau de plusieurs villages, et provoquant des maladies chez les habitants.

En novembre 2009, le tampon officiel des Seychelles, représentant un coco de Mer, a été retiré, visiblement sur l'ordre de son excellence le très haut et tout puissant Sheikh Khalifa, qui n'a pas supporté la ressemblance avec une paire de fesses du sexe faible... Que cet émir du pétrole d'Abu Dhabi ait pu imposer le retrait de ce symbole des Seychelles dont les habitants sont si fiers en dit long sur le pouvoir qu'il exerce désormais sur le pays. Alors peut-être apporte-t-il des emplois et de la croissance, mais l'honneur, la culture et les traditions des Seychellois sont-ils à ce prix ? Suite à une pétition, le fameux coco-fesse est finalement revenu sur les passeports (au grand soulagement des collectionneurs de tampons originaux), mais le sheikh, qui se rend une fois par an au pays, a son propre tampon... Il vient tout juste d'inaugurer un hôpital qui porte son nom dans la capitale Victoria, ville qu'il s'apprêterait, selon des rumeurs persistantes, à racheter !

Business is business ! Le sheikh, sorti tout droit d'un album de Tintin, donne de l'argent dont le pays a bien besoin il est vrai, pour investir dans des hôtels de luxe toujours plus nombreux, dans des lieux autrefois préservés : Four Seasons, Kempinski, Raffles, ou encore le Constance Ephelia dans le parc marin protégé de Port Launey, voire dans des îles jusqu'ici préservées (on parle d'un projet sur Marianne, une île inhabitée au nord de la Digue). Pour le Raffles, il a fallu construire une route pour contourner le resort, qui a annexé l'ancienne afin d'accéder à la fameuse plage d'Anse Lazio...

Signe des temps, Air Seychelles vient d'annoncer la fin de sa desserte directe depuis l'Europe (la France et l'Italie sont pourtant les deux premiers pays émetteurs de touristes !). Même si Air Austral devrait reprendre une partie des vols, les clients devront surtout utiliser les compagnies du Golfe, Etihad Airways, Qatar Airways ou Emirates, proposant certes un service de meilleure qualité et des prix compétitifs, mais avec une escale au milieu du trajet. Voilà en tout cas une information qui confirme la main mise des Emirats du Golfe sur les Seychelles. La compagnie charter XL Airways est aussi sur les rangs. Bref, le tourisme de masse semble à l'affût. Espérons en tout cas que les Seychelles n'y perdent pas leur âme !

Nicolas Pelé

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