L'année 2011 a été riche en actualités sur les requins, en tout cas dans les médias. La semaine dernière, on parlait encore d'une attaque en Afrique du Sud, sur la plage de Second Beach, où un baigneur a malheureusement succombé à ses blessures.
Dans certaines zones, les touristes sont en conséquence de plus en plus craintifs à s'immerger dans les eaux qui ont été le théâtre d'une ou plusieurs attaques.
Il faut cependant savoir raison gardée. En 2010, 79 attaques de requins ont été recensées à travers le monde parmi lesquelles 6 ont été mortelles. En restant dans le même registre, le règne animal, les moustiques, les éléphants (oui, l'émouvant Dumbo), les hippopotames (oui, oui, ceux que l'on fait danser en tutu dans les dessins animés) ou les abeilles (vous savez, la gentille petite Maya de notre enfance) causent bien plus de morts chaque année.
Le nombre des méfaits des requins gonflerait de façon bien plus impressionnante, et aurait de quoi alarmer la population, si on y ajoutait les attaques d'une famille de requins bien particulière dont sont victimes tous les ans les touristes sur les zones balnéaires. Bien plus fréquentes, non mortelles et non comptabilisées, ces attaques et leurs conséquences défraient beaucoup moins la chronique puisque des 465 autres espèces dont il partage le nom, le sujet qui nous intéresse n'en a cependant ni l'image, ni l'habitat, ni les particularités physiques, hormis une : les dents longues.
Portant souvent la bedaine triomphante, qui est loin de lui conférer l'hydrodynamisme de ses congénères marins, et des bijoux en or rutilant, notre animal est terrestre. Froid, calculateur, il n'est pas dénué d'une certaine intelligence. Généralement, cette espèce travaille en meute couvrant l'ensemble de la zone alimentaire pour assurer à chaque membre du clan sa part du butin. C'est le requin de bord de mer. Et cette classe bien particulière compte des sous-espèces qui ont chacune leur rôle dans le grand festin saisonnier.
Il y a en premier lieu, le requin de bord de mer promoteur. C'est celui qui bétonne la façade maritime pour attirer dans ses nacelles immobilières un maximum de vacanciers en migration saisonnière. Appartements, maisons, villas, les locations à tarif prohibitif n'ont pourtant rien d'appâtant mais il y a foule et les places au soleil se paient cher.
Une fois installés, les vacanciers affamés voient le requin de bord de mer restaurateur décrire ses cercles autour d'eux. Qu'il évolue tout au bord de la plage ou un peu en retrait, au coeur des villes balnéaires, son comportement et sa technique sont identiques. Malgré une carte affichant des prix dignes d'un étoilé Michelin, poissons, viandes et desserts: tout ou presque est pré-cuisiné et/ou surgelé, et souvent malheureusement de mauvaise qualité. Inutile de tourner les talons, les établissements à proximité proposent la même chose. On vous l'a dit, le requin des bords de mer est une espèce grégaire.
Qu'importe, ce sont les vacances et les touristes ne sont pas là pour la gastronomie locale. Non, l'important, c'est la plage, le sable, la mer... Malheureusement, une fois la serviette posée, le requin de bord de mer plagiste arrive. Il vous laisse le choix, soit vous déguerpissez, soit vous utilisez ses transats et parasols moyennant monnaie sonnante et trébuchante. Vous essayez d'être conciliant prétextant que la plage est publique et l'injonction insistante devient menaçante pour que vous déplaciez votre serviette hors de sa zone de prédation pécuniaire.
Dans les vastes océans, les requins sont souvent accompagnés d'un petit poisson que l'on nomme « rémora ». Sur terre, il en est de même avec nos requins, leurs « rémoras » s'occupent de nettoyer le fond de votre porte-monnaie en boisson, en location de voiture ou de vélos ou en excursions immanquables justifiant toujours leurs tarifs très... ensoleillés.
Au final, il est bien plus probable de se jeter dans la gueule du requin en gardant les pieds au sec qu'en mouillant le maillot de bain.
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