Frédéric Fromentin />
Rien de tel qu'une bonne vieille grève pour faire valoir son droit à la grève ? Pas sûr. A l'image de l'adage « Trop d'impôts tue l'impôt », les grèves à répétition qui touchent le secteur des transports, ferroviaires ou aériens, risquent bien de finir par tuer la grève.
D'autant plus que l'arrière-garde des grognards de la revendication semble ne pas voir poindre l'exaspération que provoque leur mouvement sur leur principale victime : le voyageur.
Peut-on attendre une autre réaction qu'un ras-le-bol de la part de citoyens, comme vous et moi, que l'on empêche à chaque congé scolaire de se rendre en vacances ou dans leur famille ? Comment ne pas imaginer, surtout en période pré-électorale où la réaction populaire conditionne l'action présidentielle, une autre issue qu'un texte visant à stopper cette « prise en otage » devenue quasi-systématique ?
Légitimes ou pas, il est clair que les mouvements de grève semblent de plus en plus se tromper de cible et de moyen de revendication.
Triste constat. A l'heure de l'ultra-communication, se mettre l'opinion publique à dos est loin d'être une option payante et se révèle contre-productive.
Evidemment, il n'est pas question d'appeler un Séguéla à la rescousse pour insuffler un nouvel air au piquet de grève.
Il n'est pas non plus question de soumettre aux grévistes d'effectuer une grève « à la japonaise » (port d'un brassard noir pendant le travail que l'on effectue tout de même). Les dirigeants pourraient tout simplement faire croire qu'ils pensaient les employés en deuil.
Non, on le sait, pour être entendu, il faut toucher l'entreprise où ça fait mal. Dans un monde où capitalisme et communication sont poussés au paroxysme, les cibles sont toute trouvées : le portefeuille et l'image.
A l'heure du 2.0 et du buzz généré par des vidéos ou des actions bien tournées, il est étrange que l'idée d'exprimer son mécontentement par l'intermédiaire d'internet n'ait pas encore germé.
Imaginez un peu l'audience et l'impact d'un flash mob montrant des employés qui, en plein travail, se réunissent soudainement en un point nommé pour effectuer, devant les voyageurs, une chorégraphie qui met en scène leurs revendications. Quelques secondes plus tard, tout ce beau monde se disperse et retourne vaquer à ses occupations. Une telle scène répétée deux ou trois fois par jour permettrait de surprendre le public, de faire naître chez lui une certaine empathie et de se faire entendre sans perturber l'activité. Diffusé sur Internet, nul doute que ce genre d'action ferait le tour de la toile interpellant ainsi des millions d'internautes.
Dans le même esprit, une freeze-party (tous les employés se figent l'espace d'un instant) pourrait avoir un impact non-négligeable sur les esprits. Le public, sans être « pris en otage », aurait une vision stupéfiante du blocage produit si les employés ne travaillaient plus. Ces actions relayées par Internet et les réseaux sociaux ne pourraient être ignorées par les dirigeants de l'entreprise.
Pour l'aérien, sachant que le Président de la République passe 24 heures par semaine dans son avion et que le Premier Ministre préfère un Falcon 900 au TGV pour aller passer ses week-ends dans la Sarthe, pourquoi ne pas bloquer quelques minutes l'avion au sol, le temps de faire passer son message ? C'est bien connu, il vaut toujours mieux s'adresser à Dieu qu'à ses saints ! Le résultat ? Une seule personne dérangée pour un impact médiatique décuplé !
Toujours dans l'aérien, et parce qu'il est vraiment important de soigner son image auprès des clients : ouvrir en grand le garde-manger lors des vols, offrir aux classes économiques la boustifaille normalement réservée aux premières classes, c'est chic et sûr qu'en France, ce genre d'action augmenterait la considération des passagers vis-à-vis des grévistes !
Plus facile à appliquer pour les transports ferroviaires que pour les transports aériens, la grève par gratuité est aussi de l'ordre du service gagnant. Tous les personnels se déclarent en grève mais seuls les guichetiers et les contrôleurs cessent effectivement le travail. Le transport en tant que service public est assuré, l'idée d'un service minimum devient obsolète, la trésorerie de l'employeur est affectée (doublement d'ailleurs puisqu'a contrario d'une grève classique, l'entreprise supporte en plus les charges d'exploitation) et le public trouve cela plutôt sympathique.
Ce type de communication permettrait au public, comme à André Frossard qui se pose la question dans son livre « Pensées », de comprendre « pourquoi une semaine de grève s'appelle une semaine d'action ».
F.Fromentin
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