Si les informations sont avérées, le dossier pourrait bien devenir le vilain scandale de ce début d'année. Une étude commanditée par l'organisation Transport et Environnement révèle que les compagnies aériennes ont répercuté la taxe européenne sur les émissions de CO2 pour les vols intercontinentaux sur leurs prix, alors que cette dernière a été gelée la première année.
La Commission européenne ne décolère pas mais se dit impuissante pour intervenir dans une pratique commerciale entre des entreprises privées et leurs clients. D'après elle, ce "profit d'aubaine" réalisé en 2012, aux dépens des passagers, s'élèverait à 1,3 milliard d'euros !
Pour mémoire, la taxe carbone, entrée en vigueur le 1er janvier 2012 (et qui ne sera effective qu'en 2013), oblige les compagnies aériennes opérant dans le ciel européen, quelle que soit leur nationalité, à acheter l'équivalent de 15% de leurs émissions de CO2, soit 32 millions de tonnes, pour lutter contre le réchauffement climatique.
Devant l'obligation, les compagnies aériennes se sont organisées de façon à faire passer ce surcoût aux passagers. Or, sur la première année, 85% des certificats d'émission étaient gratuits. Les compagnies n'ont pas tenu compte de cette situation et ont immédiatement répercuté des frais supplémentaires au prix du billet.
Le surcoût pour le passager varierait entre 2 et 14 euros par trajet et le gain pour les compagnies serait remarquable : 29,7 millions d'euros pour Delta Airlines, 29,2 millions pour United Airlines, 17,5 millions pour American Airlines, 27,6 millions pour Emirates, 15,1 millions pour Cathay, 14,7 millions pour Singapore Airlines...
Mais ce sont encore les Européens qui se goinfrent à satiété : 53,6 millions pour Lufthansa, 51,5 millions pour Air France, 44,1 millions pour British Airways et 33,7 millions pour KLM !
Pour l'heure, la Commission européenne planche sur les chiffres de Transport et Environnement et sur leur provenance. Elle reconnaît implicitement que la pratique existe bel et bien. Un vocabulaire technocrate que les clients rebaptiseront naturellement par escroquerie manifeste. Si la fraude est reconnue, l'imbroglio qui suivra promet des lendemains cocasses. Les consommateurs ne s'arrêteront pas au constat du scandale, mais s'attèleront, n'en doutons pas, à obtenir le remboursement d'une taxe indue, si malhonnêtement perçue.
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